Assemblage d'une pièce active, comme une pointe ou un tranchant de pierre, avec un manche en bois ou en os, souvent fixé par une résine et des ligatures. L'emmanchement accroît fortement l'efficacité des outils et des armes.
Emmanchement
Emmancher un outil, c’est inventer un objet composite : il faut une pièce de pierre, un manche, un adhésif et une ligature, chacun préparé à part avant d’être assemblé. Pour les préhistoriens, cette capacité à planifier plusieurs étapes et à combiner des matériaux différents est un indice important des capacités cognitives des humains anciens.
Les premières traces d’emmanchement remontent au Paléolithique moyen, voire un peu avant. Des pointes sud-africaines datées d’environ 500 000 ans pourraient avoir armé des lances, mais l’interprétation reste débattue. Plus sûrement, les Néandertaliens fabriquaient du brai de bouleau, une colle obtenue en chauffant l’écorce, dont des morceaux portant encore l’empreinte d’un outil ont été retrouvés en Italie et en Allemagne. Les outils du Moustérien montrent aussi des bases amincies, préparées pour s’insérer dans un manche.
Comme le bois et les liens se conservent rarement, les chercheurs traquent des indices indirects : traces d’usure laissées par le frottement du manche, résidus de résine ou de bitume, fractures caractéristiques. L’expérimentation, en reproduisant les outils et en les utilisant, aide à interpréter ces stigmates. Au Paléolithique supérieur puis au Mésolithique, l’emmanchement devient la règle : les microlithes s’insèrent en série dans des hampes de flèche ou des sagaies, et une pièce cassée se remplace facilement. Au Néolithique, les haches polies sont fixées dans des gaines en bois de cerf. L’homme des glaces retrouvé dans les Alpes, Ötzi, portait une hache à lame de cuivre et des flèches encore emmanchées, un exemple exceptionnel de ces assemblages complets.