Fille de peintres, élève de Sèvres

Denise Préveraud de Sonneville naît à Bordeaux le 29 décembre 1919, fille du peintre Georges de Sonneville et d’Yvonne Préveraud, peintre elle aussi. Baccalauréat de philosophie en 1939, puis l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres de 1942 à 1946.

En 1943, elle épouse un autre étudiant, le préhistorien François Bordes. Deux enfants naissent en 1945 et 1947. Le budget familial ne tient pas sur le seul salaire de stagiaire du CNRS de son mari : entre 1946 et 1952, elle enseigne dans des lycées et collèges tout en accumulant licences et certificats (lettres classiques, grec, latin, géographie, ethnographie.)

Entrer dans la préhistoire par la porte étroite

Elle entre au CNRS comme stagiaire en 1952 et prépare sa thèse sous la direction de Raymond Vaufrey. En 1956, la famille s’installe à Bordeaux, où François Bordes dirige le laboratoire qui deviendra l’Institut du Quaternaire. Elle soutient son doctorat ès sciences naturelles en 1958, avec les félicitations du jury.

La liste-type : compter au lieu de raconter

Sa thèse, publiée en 1960 sous le titre Le Paléolithique supérieur en Périgord, s’appuie sur un outil qu’elle met au point avec Jean Perrot : une liste-type des outils du Paléolithique supérieur, plus de quatre-vingt-dix catégories définies avec précision, qui permet de décrire n’importe quel assemblage lithique en pourcentages et de comparer les gisements entre eux.

La portée est considérable. Là où l’on classait les industries à l’impression, on obtient des courbes cumulatives et des séries comparables d’un site à l’autre, d’une région à l’autre. C’est le pendant, pour le Paléolithique supérieur, de ce que François Bordes construisait au même moment pour le Paléolithique moyen, et le couple a fait de Bordeaux la capitale mondiale de la typologie lithique.

Deux listes-types, un couple, et une discipline qui apprend enfin à compter.

À l’ombre d’un nom

Son nom reste accolé à celui de son mari, y compris dans l’usage courant qui parle de la « méthode Bordes ». La réalité est plus équilibrée : la typologie du Paléolithique supérieur, celle qui sert à décrire l’Aurignacien, le Gravettien, le Solutréen et le Magdalénien, est son œuvre, et elle a signé des centaines de publications.

Une carrière longue et discrète

Directrice de recherche au CNRS, elle poursuit ses travaux à Bordeaux, forme des étudiants, publie sur les gisements du Périgord et sur la chronologie du Paléolithique supérieur européen. Elle meurt à Gradignan le 22 mai 2008, à quatre-vingt-huit ans.

Son cas est devenu un exemple d’école pour l’histoire des sciences : celui d’une chercheuse dont l’outil est universellement utilisé, et dont le nom se transmet moins que la méthode.

Sources
  • Sonneville-Bordes D. de, Le Paléolithique supérieur en Périgord, Bordeaux, Delmas, 1960.
  • Sonneville-Bordes D. de, Perrot J., « Lexique typologique du Paléolithique supérieur », Bulletin de la Société préhistorique française, 1954-1956.
  • Notice biographique, Bulletin de la Société préhistorique française, 2008.
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