Une vocation venue tard, et tenue jusqu’au bout
Suzanne Cassou de Saint-Mathurin naît le 19 juillet 1900 au Mung, en Charente-Maritime. Licence de sciences naturelles, puis l’Angleterre : lectrice au St Hilda’s College d’Oxford, elle y devient Bachelor of Letters en 1931 avec un mémoire sur Diderot; les rapports entre ses idées scientifiques et ses romans.
La bifurcation date de 1932 : elle rencontre l’abbé Breuil. La préhistoire devient une vocation, à trente-deux ans. Elle séjourne en Palestine, où elle travaille avec Dorothy Garrod; leur collaboration durera jusqu’à la mort de la Britannique, en 1968.
1946 : le Roc-aux-Sorciers
Elle entreprend cette année-là la fouille d’un abri sous roche à Angles-sur-l’Anglin, dans la Vienne, au bord de l’Anglin. Le site est connu, mais personne n’en a mesuré l’importance. Elle y consacrera dix-huit ans, jusqu’en 1964, avec Garrod à ses côtés.
La frise magdalénienne
En 1950, les deux femmes dégagent ce que le site cachait : une frise sculptée et peinte de quinze mètres, taillée dans la paroi d’un habitat magdalénien. Des chevaux, des bisons, des bouquetins, un félin, un renne, des têtes de cervidés, et des figurations féminines en bas-relief, à taille humaine.
La différence avec les grottes ornées est essentielle : ici, l’art n’est pas au fond d’une cavité obscure, il est là où l’on vit, sur la paroi de l’abri, à la lumière du jour, au-dessus du sol d’habitat. Le Roc-aux-Sorciers est devenu, avec Cap-Blanc, la référence mondiale de la sculpture pariétale paléolithique; on l’a surnommé la « Lascaux de la sculpture ».
Un art fait pour être vu en pleine lumière, au-dessus de l’endroit où l’on dormait.
Une interprétation, et une réserve
Garrod et Saint-Mathurin ont proposé d’y voir le cadre de cérémonies liées à la fécondité, à cause des figurations féminines. L’hypothèse reste discutée, comme toutes celles qui portent sur le sens des images paléolithiques; le fait, lui, ne l’est pas : un groupe magdalénien a sculpté sa paroi domestique sur quinze mètres.
Le terrain plutôt que le bureau
Chargée de mission au Musée d’Archéologie nationale à partir de 1969, elle a toujours préféré la fouille à l’écriture, ce qui explique qu’une part de ses résultats n’ait été publiée qu’après elle, par d’autres. Elle lègue en 1991 l’ensemble de ses recherches au musée de Saint-Germain-en-Laye et meurt le 28 août 1991 à Louveciennes.
- Musée d’Archéologie nationale, fonds Suzanne de Saint-Mathurin, Saint-Germain-en-Laye.
- Garrod D., Saint-Mathurin S. de, publications sur le gisement magdalénien d’Angles-sur-l’Anglin, années 1950.
- Centre d’interprétation du Roc-aux-Sorciers, Angles-sur-l’Anglin.



