Une héritière de chantier
Germaine Henri-Martin naît à Paris le 8 juillet 1902. Son père, Léon Henri-Martin, médecin, est aussi l’un des fouilleurs majeurs du Paléolithique charentais; son arrière-grand-père, Henri Martin, fut un pionnier des études celtiques. Elle grandit donc dans une famille où l’on fouille, et elle prendra la suite, ce qui, pour une femme née en 1902, ne signifie pas que la voie était ouverte.
Elle dirigera jusqu’en 1975 le Laboratoire du Peyrat, laboratoire de préhistoire et d’anatomie comparée rattaché à l’École pratique des hautes études, fondé par son père en Charente.
Fontéchevade, 1937-1953
Son grand chantier est la grotte de Fontéchevade, en Charente. Seize campagnes, interrompues par la guerre. Elle y met au jour en 1947 une calotte crânienne humaine dans un niveau du Paléolithique ancien, sous une couche scellée; un contexte stratigraphique qu’elle documente avec un soin qui fera sa réputation.
Le fossile devient aussitôt une pièce à conviction dans l’un des grands débats du siècle : celui du « présapiens ». Le paléoanthropologue Henri Vallois y voit la preuve d’une lignée d’Homo sapiens archaïque contemporaine des néandertaliens, donc l’argument d’une origine ancienne et séparée de notre espèce en Europe. Les réexamens ultérieurs, jusqu’aux années 2000, ont démonté cette lecture, mais le débat qu’elle a nourri a occupé la paléoanthropologie pendant quarante ans.
Un fragment de crâne, une stratigraphie impeccable, et quarante ans de controverse.
L’industrie tayacienne
Elle définit également, à partir des niveaux inférieurs de Fontéchevade, une industrie qu’elle nomme tayacienne : une des tentatives, aujourd’hui largement abandonnée comme catégorie, pour caractériser les outillages qui précèdent le Moustérien. L’effort de définition, lui, était méthodologiquement exemplaire.
La Quina, sur les traces de son père
De 1953 à 1965, elle reprend les fouilles de La Quina, le gisement néandertalien majeur que son père avait exploré. Elle y applique les méthodes d’enregistrement de son époque, bien plus fines que celles du début du siècle, et contribue à faire de ce site l’une des références du Paléolithique moyen charentais. Elle participe aussi à des fouilles en Yougoslavie.
Une reconnaissance discrète
Prix Bonnet de l’Académie des sciences en 1949, médaille de bronze du CNRS en 1958, maître de recherche au CNRS en 1963, chevalier des Arts et des Lettres, membre du conseil de la Société préhistorique française : les honneurs sont là, mais son nom est aujourd’hui presque effacé des récits grand public, où Fontéchevade est cité sans elle. Elle meurt à La Celle-Saint-Cloud le 5 novembre 1975.
- Henri-Martin G., « Mise au jour d’une calotte crânienne humaine fossile… à Fontéchevade », Gallia, 1947.
- Henri-Martin G. et al., La Grotte de Fontéchevade, Archives de l’Institut de paléontologie humaine, Masson, 1957-1958.
- Notice biographique, Bulletin de la Société préhistorique française, 1976.



