Votre test ADN vous annonce « 2 % de Néandertal ». En bref : le chiffre est à peu près juste, mais presque tout ce qu’on en déduit est faux. Ce ne sont pas les mêmes 2 % que ceux de votre voisin, ils ne vous rendent pas plus « néandertalien » que quiconque, et additionnés à l’échelle des populations ils racontent une histoire bien plus intéressante.
D’où vient le chiffre
Il vient du séquençage du génome néandertalien, à partir de 2010. En comparant ce génome à ceux d’humains actuels, on a constaté que les personnes originaires d’Europe et d’Asie portent une petite fraction d’ADN hérité de Néandertal, de l’ordre de 1,5 à 2 %. Trace d’un métissage survenu au Proche-Orient il y a quelque 50 000 à 60 000 ans, quand les premiers Homo sapiens sortis d’Afrique ont rencontré des populations néandertaliennes.
Le chiffre est donc réel. C’est son interprétation qui dérape.
Erreur n° 1 : croire que ce sont les mêmes 2 %
C’est le contresens principal, et il change tout. Le métissage n’a pas transmis un « bloc » néandertalien identique à tous les descendants. Il a transmis des segments de chromosomes qui ont ensuite été redistribués, génération après génération, par le brassage de la reproduction.
Résultat : vous portez vos 2 %, votre voisin porte les siens, et ce ne sont pas les mêmes morceaux du génome néandertalien.

La conséquence est spectaculaire. En 2014, deux équipes ont eu la même idée : additionner les segments portés par des milliers de personnes différentes, pour reconstituer la part du génome néandertalien encore présente dans notre espèce. Le résultat, publié la même semaine dans Science et dans Nature, tourne autour de 20 %.
Le génome de Néandertal n’a pas disparu : il a été découpé et distribué. Un cinquième en circule encore, réparti entre des milliards de porteurs qui n’en ont chacun que quelques miettes.
Erreur n° 2 : croire que 2 %, c’est peu
Deux pour cent d’un génome de trois milliards de paires de bases, cela représente environ soixante millions de lettres. Et surtout, ces segments ne sont pas répartis au hasard : la sélection naturelle a trié.
Certains ont été conservés parce qu’ils étaient utiles à des nouveaux venus confrontés à des climats et à des microbes inconnus : variantes liées à l’immunité, à la kératine de la peau et des cheveux, au métabolisme des graisses. Néandertal vivait en Eurasie depuis des centaines de milliers d’années ; ses gènes y étaient rodés.
D’autres ont été éliminés. Le génome humain présente des « déserts » néandertaliens, de longues régions où l’on ne trouve rien, notamment sur le chromosome X et autour des gènes exprimés dans les testicules. L’interprétation la plus courante : une fertilité réduite chez les hybrides mâles, qui a purgé ces segments en quelques dizaines de générations.
Erreur n° 3 : croire que les Africains n’en ont pas
On a longtemps présenté l’héritage néandertalien comme le propre des non-Africains. Une étude parue dans Cell en 2020 a nuancé le tableau : les populations africaines portent elles aussi une petite fraction d’ADN néandertalien, autour de 0,3 %, en partie parce que des populations eurasiatiques métissées sont revenues vers l’Afrique.
La géographie de notre ascendance est donc moins tranchée qu’on ne le disait il y a dix ans, et c’est un bon exemple d’un résultat scientifique qui se raffine sans se renverser.
Ce que votre test ne vous dit pas
Quelques précautions utiles avant de prendre le pourcentage au pied de la lettre.
C’est une estimation, avec une marge. Selon la méthode, le panneau de référence et la couverture de séquençage, le même échantillon peut varier de plusieurs dixièmes de point. Un écart entre deux tests commerciaux ne signifie pas que l’un ment.
Ce n’est pas un classement. Afficher 2,1 % plutôt que 1,8 % ne vous rend ni plus robuste, ni plus « primitif », ni plus quoi que ce soit. La variation entre individus d’une même population est faible et sans signification personnelle.
Les corrélations santé sont des probabilités de population. Certaines variantes néandertaliennes sont associées à des risques ; une région du chromosome 3 a été reliée en 2020 à une forme sévère de Covid-19, une autre à un effet protecteur. Ce sont des associations statistiques mesurées sur des cohortes, pas un pronostic individuel.
La bonne façon de le dire
« J’ai 2 % de Néandertal » suggère une petite dose d’altérité logée quelque part en soi. La formulation exacte serait plutôt : une part de mes ancêtres, il y a environ deux mille générations, était néandertalienne, et il en reste chez moi quelques dizaines de segments ; pas les mêmes que chez mon voisin.
C’est moins vendeur, et infiniment plus juste. Néandertal n’est pas une trace exotique dans notre génome : c’est une branche de notre famille qui ne s’est jamais complètement éteinte, parce qu’elle s’est fondue dans l’autre.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que signifie « avoir 2 % d’ADN néandertalien » ?
Cela signifie qu’environ 2 % de votre génome provient de segments hérités de Néandertal, à la suite de métissages survenus il y a 50 000 à 60 000 ans, principalement au Proche-Orient. Ces segments représentent environ soixante millions de paires de bases, réparties en de nombreux fragments.
Tout le monde a-t-il les mêmes 2 % ?
Non, et c’est le point essentiel. Chaque personne porte des segments différents. En additionnant ceux de milliers d’individus, les généticiens ont reconstitué environ 20 % du génome néandertalien ; résultat publié en 2014 dans Science et dans Nature.
Les Africains ont-ils de l’ADN néandertalien ?
Oui, en plus faible proportion, de l’ordre de 0,3 % selon une étude parue dans Cell en 2020, notamment en raison du retour vers l’Afrique de populations eurasiatiques déjà métissées.
L’ADN néandertalien a-t-il des effets sur la santé ?
Certaines variantes héritées de Néandertal sont associées à l’immunité, à la kératine ou au métabolisme des lipides, et une région du chromosome 3 a été reliée en 2020 à une forme sévère de Covid-19. Ce sont des associations statistiques mesurées sur des populations, et non un pronostic applicable à un individu.
Pour aller plus loin : nos dossiers Néandertal et Sapiens : rencontres et métissage et L’ADN de Néandertal.