La version néandertalienne du récepteur de l’hormone de croissance fait pousser les cellules 40 % plus vite en laboratoire. Chez les humains d’aujourd’hui qui en ont hérité, l’effet se mesure aussi, mais il tient dans 270 grammes de muscle et trois millimètres de taille.
L’hormone de croissance ne fait rien toute seule : elle doit se fixer sur un récepteur, une protéine plantée à la surface des cellules et codée par le gène GHR. C’est ce récepteur, et non l’hormone, qu’une équipe conduite par Philipp Kanis, à l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig, et Hugo Zeberg, au Karolinska Institutet de Stockholm, vient d’examiner dans sa version néandertalienne. Leurs résultats ont paru en août 2026 dans Current Biology.
Deux acides aminés de différence
Le récepteur néandertalien diffère de la version la plus répandue chez l’humain d’aujourd’hui par deux acides aminés seulement. C’est peu, mais assez pour changer son comportement. Reconstruit et introduit dans des cellules en culture, il répond plus fortement à l’hormone de croissance : ces cellules se multiplient 40 % de plus que celles qui portent la version courante. Un signal amplifié, mesuré en laboratoire, dans des conditions contrôlées.
Restait à savoir si cet effet de paillasse se retrouve dans des corps réels. Le variant n’a rien d’une curiosité de musée : il circule dans les populations actuelles, hérité des métissages entre Néandertaliens et Homo sapiens survenus il y a environ 47 000 ans. Les chercheurs l’ont donc cherché dans des données de biobanques portant sur plus d’un million de personnes.
Ce que pèsent 270 grammes
L’effet existe, et il est net statistiquement. Chaque copie du variant s’accompagne d’environ 270 à 285 grammes de masse corporelle supplémentaire, presque exclusivement de la masse maigre, c’est-à-dire du muscle, et non de la graisse, et d’environ trois millimètres de taille. L’examen de plus de 6 000 enfants ajoute une précision utile : aucun effet n’est détectable avant onze ans. Le variant n’agit donc pas sur la croissance de l’enfance ; il se manifeste au moment de la poussée pubertaire, quand l’hormone de croissance travaille le plus.
Quelques traces plus discrètes accompagnent le tableau, du côté du squelette : des racines dentaires un peu plus courtes et une portion arrière de la mâchoire légèrement réduite. De quoi rappeler qu’un gène de croissance ne fabrique pas seulement du muscle : il touche à l’ensemble du chantier.
Un gène venu de Néandertal ne fabrique pas un corps néandertalien : il déplace une moyenne de quelques grammes, sur des millions de personnes.
Rare en Europe, fréquent en Asie
La répartition du variant réserve une surprise pour qui associe machinalement Néandertal à l’Europe. Il est ici rarissime, de l’ordre de 0,5 % des Européens, alors qu’il atteint 24 % dans certaines populations d’Asie du Sud, et reste fréquent en Asie du Sud-Est et en Asie de l’Est. En cumulant les populations chinoise, indienne et indonésienne, les auteurs estiment que plus de 750 millions de copies de ce récepteur néandertalien circulent aujourd’hui.
Ce déséquilibre n’a rien d’exceptionnel : plusieurs héritages néandertaliens et dénisoviens sont plus fréquents en Asie qu’en Europe, soit parce que la sélection naturelle les y a favorisés, soit par le simple effet du hasard démographique sur de petites populations fondatrices. Distinguer les deux demande d’autres travaux ; l’étude ne tranche pas.
Ce que l’étude ne dit pas
Elle ne dit pas que les porteurs du variant sont musclés, et encore moins que Néandertal l’était grâce à lui. Un effet moyen de 270 grammes sur un corps de 70 kilos ne se voit pas : il n’apparaît que dans une moyenne calculée sur un million de personnes, noyé chez chacune sous l’effet de l’alimentation, de l’activité physique et de centaines d’autres gènes. Le récepteur néandertalien n’est pas un « gène du muscle » ; c’est un curseur déplacé de très peu.
Elle ne dit pas non plus pourquoi ce variant a été conservé. Un signal de croissance plus fort peut être un avantage dans certains contextes et un coût dans d’autres ; la croissance est chère en énergie. Ce que l’étude établit, en revanche, est solide et rare : un fragment d’ADN néandertalien dont on connaît à la fois l’effet moléculaire, mesuré en culture, et l’effet sur des corps vivants, mesuré à très grande échelle. La plupart des héritages archaïques identifiés restent, eux, des associations statistiques sans mécanisme connu.