Douze incisives de wallaby, chacune coiffée d’une boule de résine durcie, dormaient dans un abri sous roche du Cape York, dans le nord-est de l’Australie. Elles viennent d’être identifiées comme les restes d’une parure vieille d’un millier d’années, la première du genre reconnue dans cette région. L’étude paraît dans Australian Archaeology le 14 août 2026.

Une parure là où l’on n’en attendait pas

Les ornements en dents d’animaux sont bien connus en Australie, mais on les trouve d’ordinaire dans les sépultures du sud-est du continent. En pays quinkan, sur la péninsule du cap York, on n’en avait encore jamais identifié. C’est ce déplacement géographique qui fait l’intérêt de la trouvaille : la pratique était plus largement répandue qu’on ne le lisait dans la carte des découvertes.

Les dents sont des incisives de macropodes, la famille des kangourous et des wallabies. Chacune porte, à sa base, un amas de résine qui a conservé sa forme en durcissant.

De la résine d’herbe, et un peu de bois de fer

L’équipe de Lynley Wallis et Carney Matheson, de l’université Griffith, a analysé ces résines par spectroscopie infrarouge et par spectrométrie de masse. Elles proviennent d’arbres à herbe, ces Xanthorrhoea au tronc noirci qui poussent sur les pentes de l’abri lui-même. Une dent porte en plus des traces de gomme de bois de fer, un arbre des bords de cours d’eau.

Autrement dit, la matière première a été ramassée sur place, et complétée par une seconde résine venue d’un autre milieu. Ce détail dit quelque chose du geste : le choix de la colle n’était pas indifférent.

Un bandeau ou un collier

Les résines ont piégé autre chose que des dents. On y trouve des fibres végétales et des restes de peau animale, ce qui indique un montage : les incisives étaient fixées sur un support souple. Bandeau de tête ou collier, les auteurs ne tranchent pas, faute d’avoir retrouvé l’objet entier.

La méthode mérite d’être notée. Ce ne sont pas les dents qui parlent ici, mais ce qui les collait. Analyser une colle plutôt qu’un objet permet de remonter à des gestes que l’objet seul ne montre plus, une fois son support disparu.

Un savoir partagé avec les communautés

Le travail s’est appuyé sur les indications des anciens et des rangers de la communauté de Laura, en pays quinkan. Ce sont eux qui ont orienté les archéologues vers les essences dont provenaient les résines. Cette collaboration n’est pas un ornement du protocole : elle a fourni l’hypothèse botanique que les analyses de laboratoire sont ensuite venues confirmer.