Une région clé restait muette faute d’ADN ancien. Une étude parue dans National Science Review y ajoute douze mille ans d’histoire génétique, dont cinq individus antérieurs à dix mille ans, et montre une ascendance ancienne qui s’efface ensuite complètement.
Un carrefour resté sans données
Le sud-ouest de la Chine est un point de jonction : il relie le sud de l’Asie orientale, l’Asie du Sud-Est continentale et le plateau tibétain. À ce titre, il figure dans presque toutes les hypothèses sur les premières migrations humaines en Asie. Mais la génétique des populations anciennes y avait peu à dire, faute d’échantillons, en particulier dans la province du Guizhou.
Le climat explique ce vide : chaud, humide, acide, il détruit l’ADN ancien plus vite qu’ailleurs. Les progrès des dix dernières années sur l’extraction et l’enrichissement des fragments d’ADN ont rendu possible ce qui ne l’était pas.
Douze mille ans dans une seule province
L’équipe menée par Bai, Zhang et Fu publie la première étude génomique des populations du Guizhou, couvrant une période de douze mille ans. Cinq des individus séquencés ont plus de dix mille ans, ce qui les place au Paléolithique final. En croisant ces données avec les échantillons déjà publiés du Guangxi et du Yunnan, les auteurs reconstituent une histoire régionale allant du Paléolithique au Néolithique ancien.
Le portrait est complexe. Les populations paléolithiques présentent une distribution hétérogène d’une ascendance est-asiatique basale, récemment décrite sous le nom de Xingyi_EN, mélangée à une ascendance présente plus au nord de l’Asie orientale. Autrement dit, il n’y a pas une population du Sud-Ouest, mais une mosaïque.
Une ascendance qui disparaît
Le résultat le plus frappant tient en une phrase : à l’âge du Bronze, cette ascendance basale énigmatique n’est plus détectable dans la région. Une composante humaine présente depuis des millénaires s’efface du paysage génétique, remplacée ou absorbée.
À l’âge du Bronze, cette ascendance basale n’était plus décelable dans la région.
Ce genre de disparition est désormais bien documenté ailleurs : en Europe, les chasseurs-cueilleurs mésolithiques ont été largement remplacés par les agriculteurs anatoliens, puis par les populations des steppes. Voir le même motif en Asie du Sud-Est continentale renforce l’idée que le remplacement, plus que la continuité, est la règle des douze derniers millénaires.
Quand la langue et les gènes se répondent
La dernière partie de l’étude descend jusqu’à une échelle historique. À partir d’il y a mille deux cents ans, les échanges génétiques entre les populations du Guizhou et du Guangxi s’intensifient, et ils suivent des motifs propres à chaque famille linguistique. Les groupes qui parlent des langues apparentées se mélangent davantage entre eux.
C’est un rappel utile pour qui lit les cartes du peuplement : les frontières qui comptent ne sont pas toujours les reliefs ni les fleuves. Sur ces douze mille ans, la langue apparaît comme un canal de circulation au moins aussi structurant que la géographie.



