Sur sept hectares ouverts avant l’exploitation d’une carrière, l’Inrap fouille un morceau de vallée de la Loire occupé depuis la fin du Paléolithique. Les silex y sont restés piégés dans des dépressions sableuses, à quatre kilomètres du fleuve.

Sept hectares avant la carrière

À Saint-Laurent-Nouan, dans le Loir-et-Cher, une équipe de l’Inrap conduite par Hélène Froquet-Uzel fouille une emprise de près de sept hectares, préalable à l’exploitation d’une carrière par Ligérienne Granulats. L’opération a livré une succession d’occupations qui va de la fin du Paléolithique à l’âge du Bronze, puis au Moyen Âge. C’est le premier de ces temps qui retient l’attention.

Le site se trouve à environ quatre kilomètres de la rive gauche de la Loire. Il prolonge une série de découvertes faites depuis plusieurs années dans le même secteur, notamment à Muides-sur-Loire, où d’autres occupations de la fin du Paléolithique, vers douze mille ans avant le présent, avaient déjà été reconnues.

Trois zones, trois haltes de chasse

Les archéologues ont identifié trois zones d’occupation distinctes, interprétées comme de petits campements de halte de chasse attribués au Laborien, une culture de la toute fin du Paléolithique. Ce ne sont pas des habitats installés : on s’y arrête, on y taille, on repart.

Ce qui rend le site lisible tient à sa géologie. Les silex taillés se sont trouvés piégés dans des dépressions sableuses, un contexte favorable à leur conservation et à leur maintien en place. Sur un sol remué par les labours, ces amas auraient été dispersés depuis longtemps.

L’étendue fouillée offre une vision extensive de l’organisation des occupations humaines pour ces périodes anciennes.

De grandes lames, et pourquoi elles sont ici

Les tailleurs du Laborien cherchaient du silex de bonne qualité pour produire de grandes lames. Ils les obtenaient à partir de plaquettes soigneusement préparées, débitées au percuteur de pierre tendre, une technique qui demande de la main et un bon matériau. Les affleurements de silex le long de la Loire et la proximité de petits cours d’eau expliquent sans doute l’attrait du lieu.

La vallée jouait ici son rôle habituel : une voie de circulation, des ressources en eau, du gibier, et de la matière première à portée de main. Les mêmes raisons ont ramené des groupes humains sur ce terrain à l’âge du Bronze final, entre 1150 et 1000 avant notre ère, avec des bâtiments, des structures culinaires et des silos, puis de nouveau au Moyen Âge.

Le Laborien, longtemps appelé Épilaborien ou rattaché à l’Azilien récent, désigne les derniers groupes du Paléolithique dans le Bassin parisien et le Centre de la France, juste avant que le climat ne bascule vers celui que nous connaissons. Leur outillage se reconnaît à ces lames régulières et à des pointes à dos particulières, et les sites en sont assez rares pour que trois campements fouillés d’un coup comptent.

Ce que l’archéologie préventive rend possible

Sans le projet de carrière, ces trois campements seraient restés sous le sable, puis auraient disparu avec l’extraction. C’est la règle de l’archéologie préventive : elle documente ce que l’aménagement va détruire, et c’est elle qui, en France, fournit l’essentiel des données nouvelles sur les périodes anciennes.