Une jeunesse au musée de l’Homme

Arlette Royer naît à Paris le 9 janvier 1913 dans une famille d’industriels. Diplôme de l’École du Louvre, cours d’ethnologie de Marcel Mauss en 1934, où elle rencontre un étudiant nommé André Leroi-Gourhan. Elle travaille bénévolement à la réception des collections du musée d’ethnographie du Trocadéro, alors en train de devenir le musée de l’Homme : les objets rapportés des missions Citroën, de la mission Dakar-Djibouti, affluent.

Mariée en 1936, elle part au Japon l’année suivante pour la mission ethnographique de deux ans financée par le gouvernement japonais. Elle y assure la photographie et le secrétariat scientifique, accompagne son mari sur tous les terrains, et participe à l’étude des derniers Aïnous d’Hokkaidō pendant l’été 1938.

Quinze années sans signature

Puis la guerre, quatre enfants, et une quinzaine d’années consacrées à la famille et à la carrière de son mari, qu’elle continue d’assister. C’est un parcours banal pour sa génération, et c’est précisément ce qui rend la suite remarquable : elle ne s’est pas arrêtée là.

La palynologie, une science à créer

Lorsque André Leroi-Gourhan ouvre en 1946 les fouilles des grottes d’Arcy-sur-Cure, elle s’empare d’une méthode alors balbutiante : l’analyse des pollens fossiles. Compter, dans un sédiment, les grains de pollen conservés espèce par espèce, c’est reconstituer la végétation, donc le climat, donc l’environnement d’une occupation humaine, couche par couche.

Elle en fait une discipline à part entière en France, met au point les protocoles d’échantillonnage en contexte archéologique et forme des générations de palynologues, en France et à l’étranger. Sans ce travail, les séquences de grottes resteraient des empilements d’outils sans paysage autour.

Compter des grains de pollen pour rendre un climat à des couches archéologiques.

Shanidar, la « tombe aux fleurs »

Sa découverte la plus célèbre porte sur la sépulture néandertalienne de Shanidar IV, au Kurdistan irakien. Les analyses polliniques qu’elle y conduit révèlent des concentrations de pollens de fleurs autour du défunt. Elle en déduit un dépôt volontaire : des fleurs, déposées sur un mort, il y a quelque 60 000 ans.

L’interprétation a fait le tour du monde et changé le regard porté sur Néandertal. Elle est aujourd’hui contestée : des rongeurs fouisseurs, qui stockent des inflorescences dans leurs galeries, pourraient expliquer une partie des concentrations. Le débat n’est pas clos; des fouilles récentes à Shanidar ont relancé la question des dépôts funéraires sur ce site.

Ramsès II, et le reste

Son expertise l’a conduite bien au-delà du Paléolithique : elle a participé à l’étude de la momie de Ramsès II lors de son séjour en France, et analysé des dizaines de sites, en France comme à l’étranger. Elle meurt à Vermenton, dans l’Yonne, le 25 avril 2005.

Sources
  • Leroi-Gourhan A., « The flowers found with Shanidar IV, a Neanderthal burial in Iraq », Science, 1975.
  • Maison des sciences de l’homme Mondes, archives des fouilles d’Arcy-sur-Cure.
  • Notice biographique, Bulletin de la Société préhistorique française, 2005.
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