Dans les monts Zagros du Kurdistan irakien, la grotte de Shanidar a livré l’un des plus importants ensembles de fossiles néandertaliens du monde — et quelques-uns des indices les plus débattus d’une vie sociale et symbolique chez Néandertal.
Une dizaine de Néandertaliens dans le Zagros
Entre 1951 et 1960, l’archéologue américain Ralph Solecki y met au jour les restes d’une dizaine d’individus néandertaliens (baptisés Shanidar 1 à 10), enfouis dans une épaisse couche moustérienne. Ils vivaient là il y a environ 65 000 à 45 000 ans, chassant la chèvre et le sanglier au pied de la montagne.
La « sépulture aux fleurs »
En 1960, le squelette de Shanidar 4 livre une découverte retentissante : sous le corps, la palynologue Arlette Leroi-Gourhan identifie d’abondants pollens de fleurs (achillée, centaurée, éphédra…). L’hypothèse d’un dépôt funéraire fleuri fait alors le tour du monde. Elle reste très discutée : les pollens pourraient aussi avoir été apportés par un rongeur fouisseur ou des abeilles nichant au sol, comme l’ont souligné plusieurs études récentes.
Shanidar 1, la solidarité d’un groupe
Le fossile le plus célèbre, Shanidar 1, est un homme âgé qui portait de lourdes blessures anciennes et cicatrisées : orbite écrasée (sans doute borgne), bras droit atrophié puis amputé. Qu’il ait survécu des années suggère que son groupe prenait soin des plus fragiles.
De nouvelles fouilles
Depuis 2014, une équipe internationale a repris les recherches avec des méthodes modernes. En 2018-2020, elle exhume un nouveau squelette, Shanidar Z, qui ravive le débat sur les gestes funéraires de Néandertal.
Un cimetière bien plus récent
Les couches supérieures de la grotte abritent aussi un cimetière proto-néolithique, vieux d’environ 10 000 ans, avec une trentaine de sépultures : Shanidar aura été un lieu de mémoire pendant des dizaines de millénaires.



