Les indices anatomiques

Néandertal possédait un os hyoïde — ce petit os en fer à cheval qui soutient la langue et le larynx — quasi identique au nôtre, découvert en 1989 sur le squelette de Kébara (Israël). Plus encore, l’étude des osselets de l’oreille et de la cochlée, reconstitués par imagerie, montre une sensibilité aux fréquences exactement utilisées par la parole humaine. Rien, dans son anatomie, n’interdisait une communication vocale articulée.

Le gène du langage

La paléogénétique a apporté un argument de poids : Néandertal partageait avec nous la version humaine du gène FOXP2, impliqué dans le contrôle fin des mouvements de la bouche et de la gorge nécessaires à la parole. Une mutation de ce gène provoque, chez l’Homme moderne, de graves troubles du langage. Que Néandertal en ait possédé la forme humaine n’est pas une preuve — mais un indice supplémentaire d’une capacité vocale développée.

Homo neanderthalensis (reconstitution) — Wikimedia Commons
Reconstitution de la tête de Néandertal : son anatomie était compatible avec la parole.

Un cerveau organisé pour parler ?

Les empreintes laissées par le cerveau sur la paroi interne du crâne (les moulages endocrâniens) montrent chez Néandertal un développement des régions frontales et pariétales impliquées, chez nous, dans le langage. L’interprétation reste prudente : la forme du cerveau ne dit pas tout de ses fonctions. Mais l’ensemble converge vers un système nerveux préparé à une communication complexe.

Le poids de la culture

L’argument le plus fort est peut-être indirect. Fabriquer de la colle en plusieurs étapes, transmettre des techniques de taille exigeantes, organiser une chasse collective, enterrer ses morts, s’aventurer au fond des grottes : toutes ces activités supposent d’échanger des informations précises. Une culture aussi élaborée se conçoit difficilement sans un langage pour la porter.

Sculpture du Vieil Homme de Néandertal, à La Chapelle-aux-Saints
Le « Vieil Homme de Néandertal » : derrière chaque fossile, une vie sociale faite d’échanges.

Les limites de l’enquête

Restent les limites de la preuve : le langage ne se fossilise pas. Nous pouvons établir que Néandertal pouvait parler, mais non reconstituer ce qu’il disait, ni la richesse de sa grammaire. La question précise demeure ouverte. Une chose, en revanche, est acquise : l’idée d’un Néandertal muet, réduit aux grognements, a définitivement été abandonnée.

L’indice du gène FOXP2

La génétique a apporté un argument de poids. Le gène FOXP2, impliqué chez l’homme dans la parole et le langage, est présent chez Néandertal sous sa forme moderne. S’il ne « prouve » pas à lui seul la parole, il montre qu’une des bases biologiques du langage articulé était bien en place chez notre cousin.

Un corps fait pour parler

L’anatomie va dans le même sens. L’os hyoïde de Néandertal, qui soutient la langue, est quasi identique au nôtre ; la forme de son oreille interne était accordée aux fréquences de la parole. Rien, dans son corps, ne s’opposait à une communication vocale complexe.

Culture et transmission

Enfin, la complexité des cultures néandertaliennes — techniques de taille sophistiquées, sépultures, pigments, feux maîtrisés — se transmet difficilement sans langage. Coordonner une chasse, enseigner un savoir-faire, partager des symboles : tout cela plaide pour une forme de langage, même si nous ne saurons jamais comment il sonnait.