Des ossements dans la carrière

À l’été 1856, dans la grotte Feldhofer de la vallée de Neander (Neandertal, en allemand), près de Düsseldorf, des ouvriers exploitant le calcaire mettent au jour une calotte crânienne épaisse et quelques os robustes. Les croyant appartenir à un ours, ils manquent de les jeter. Récupérés de justesse, les restes sont confiés à l’instituteur Johann Carl Fuhlrott, passionné de sciences naturelles, qui pressent aussitôt qu’ils n’ont rien d’ordinaire.

Fuhlrott sollicite l’anatomiste Hermann Schaaffhausen. Ensemble, ils présentent en 1857 leur conclusion : ces ossements sont ceux d’un type humain ancien, différent de l’Homme actuel. L’idée est révolutionnaire — quelques années avant même la publication de L’Origine des espèces de Darwin.

Reconstitution d'un homme de Néandertal (Natural History Museum, Londres).
Reconstitution moderne d’un homme de Néandertal, bien loin du cliché initial.

Une espèce nommée

En 1864, le géologue irlandais William King propose de reconnaître formellement une nouvelle espèce : Homo neanderthalensis, « l’homme de la vallée de Neander ». C’est la première fois qu’un nom scientifique est attribué à une humanité fossile. Néandertal devient ainsi, sans le savoir, le premier de nos cousins disparus à entrer dans les livres.

Le scandale et le doute

La découverte provoque une vive controverse. Pour l’influent médecin Rudolf Virchow, ces os ne sont que ceux d’un homme moderne malade, déformé par le rachitisme et l’arthrose. D’autres y voient un Cosaque égaré des guerres napoléoniennes… La science du XIXe siècle, encore réticente à l’idée d’ancêtres non humains, peine à accepter l’évidence.

On réalisera plus tard que des restes néandertaliens avaient déjà été exhumés sans être reconnus : un crâne d’enfant à Engis (Belgique, 1829), un crâne à Gibraltar (1848). Faute de cadre théorique, ces indices étaient restés muets.

La grotte Bouffia Bonneval, à La Chapelle-aux-Saints
La grotte de la Bouffia Bonneval, à La Chapelle-aux-Saints, autre haut lieu de la découverte de Néandertal.

Spy et La Chapelle : la confirmation

Il faut d’autres trouvailles pour emporter la conviction. En 1886, à Spy (Belgique), deux squelettes néandertaliens sont dégagés dans un contexte archéologique clair, associés à des outils et à une faune disparue : impossible désormais d’y voir de simples malades. Puis, en 1908, la découverte à La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) d’un squelette presque complet, étudié par Marcellin Boule, installe définitivement Néandertal dans l’histoire des sciences.

La naissance de la paléoanthropologie

Avec Néandertal naît une discipline : la paléoanthropologie, l’étude des humanités fossiles. Chaque nouvelle découverte — en Croatie, au Proche-Orient, en Asie centrale — élargit son aire de répartition et affine son portrait. De la calotte de 1856 aux génomes séquencés du XXIe siècle, l’aventure n’a jamais cessé : Néandertal reste, aujourd’hui encore, l’humain fossile le plus étudié au monde.