Dans le Lot, au-dessus du village de Cabrerets et de la vallée du Célé, la grotte du Pech Merle mêle beauté des concrétions et art préhistorique. Ses œuvres les plus fameuses, dont le panneau des chevaux ponctués, remontent à environ 29 000 ans, au Gravettien.

Les chevaux ponctués

Sur une paroi, deux chevaux dos à dos sont couverts de points noirs, entourés de mains négatives et de disques colorés. Longtemps jugée imaginaire, cette robe tachetée pourrait bien avoir existé : la génétique a montré que des chevaux du Paléolithique portaient réellement un pelage moucheté, dit léopard.

Mains, mammouths et signes

Le Pech Merle recèle aussi des mammouths, des bisons, des aurochs, et une silhouette composite, mi-femme mi-bison. Des empreintes de pas humains, conservées sous une fine pellicule de calcite, rappellent que des hommes, des femmes et des enfants ont parcouru ces galeries.

Un décor naturel spectaculaire

À la différence de bien des grottes ornées, le Pech Merle est aussi une splendeur géologique : vastes salles, draperies, colonnes et disques de calcite accompagnent le parcours, mêlant l'art de la Terre à celui des hommes.

Ouverte, mais surveillée

Le Pech Merle se visite encore, en groupes limités pour préserver l'équilibre fragile de la grotte. Un musée attenant, le centre de préhistoire, replace les œuvres dans la longue histoire de l'art pariétal.

Les chevaux ponctués : ce que l'on sait vraiment

Une date directe, à lire avec soin

Du charbon de bois prélevé dans le noir d'un des deux chevaux a donné 24 640 ± 390 ans BP, en années radiocarbone. Une fois calibrée, cette mesure correspond à environ 29 000 ans avant le présent, en années calendaires. C'est le chiffre du site officiel. Les autres datations obtenues dans la grotte sont jugées contaminées : celle-ci reste la seule référence solide.

Pour le reste du décor, l'âge est estimé par le style : on y distingue plusieurs phases, entre 25 000 et 15 000 ans environ.

Peints en crachant le pigment ?

Le panneau porte plus de 200 points, répartis dans les corps et sous les ventres, et qui dessinent aussi un arc autour de la tête du cheval de droite. Cette tête épouse d'ailleurs un ressaut naturel du bord de la paroi.

À l'automne 1990, le préhistorien Michel Lorblanchet a tenté de reproduire le panneau sur une paroi d'une petite grotte du Lot. Pendant une semaine, à raison de sept heures par jour, il a soufflé de la poudre de charbon mêlée de salive et d'eau directement avec la bouche. Sa main lui servait de cache pour la ligne du dos, et une peau percée d'un trou lui donnait des points nets.

Une robe réelle, ou un signe ?

En 2011, une équipe internationale a analysé l'ADN de 31 chevaux antérieurs à la domestication. Sur les dix chevaux du Pléistocène d'Europe de l'Ouest, quatre portaient le variant génétique du pelage léopard. Pour les auteurs, les peintres ont pu représenter ce qu'ils voyaient.

Le débat n'est pas clos pour autant. La génétique prouve que la robe tachetée existait, pas que les points du Pech Merle la décrivent. Une partie des ponctuations déborde des silhouettes, et des ponctuations se retrouvent ailleurs dans la grotte, par exemple autour d'une main. Pelage, signe, ou les deux à la fois : la question reste ouverte.

Frise noire, ours et femmes-bisons

Sur une paroi de sept mètres de long, la frise noire réunit 25 dessins d'animaux : un cheval, des bisons, des mammouths et des aurochs, tracés au trait noir. Le mammouth est d'ailleurs l'animal le plus représenté de la grotte, avec 28 figures selon le site officiel. En tout, près de 800 motifs y sont recensés, dont plus de 70 animaux qui jouent avec le relief de la roche.

Plus loin, une tête d'ours gravée au silex, vraisemblablement inspirée d'un ours brun, se cache dans le couloir qui porte son nom. Ailleurs, une main rouge au pochoir, probablement féminine, s'accompagne de treize ponctuations rouges. Au plafond, des tracés digitaux faits au doigt dans l'argile de la voûte datent de différentes périodes, entre 27 000 et 25 000 ans environ.

Autour des chevaux, les six mains noires ont, selon le site officiel, vraisemblablement été réalisées par la même personne. Pour comprendre la technique et ses interprétations, voir notre dossier sur le mystère des mains négatives.

Des empreintes d'enfant dans la galerie des Disques

Dans la galerie des Disques, à une centaine de mètres de l'ancienne entrée effondrée, une petite surface d'argile d'environ 9 m² garde des pas humains. L'abbé Lemozi les a repérés dès les années 1920. Une fine pellicule de calcite les a recouverts depuis, sans effacer les détails. Le site officiel parle d'une douzaine d'empreintes d'un enfant ou d'un adolescent, allant dans les deux sens.

Les comptes varient. Quatre empreintes ont été décrites en 1931, douze en 1983. En 2013, trois pisteurs ju/'hoansi venus de Namibie ont relu le sol avec une équipe d'archéologues. Ils ont trouvé cinq empreintes passées inaperçues, soit dix-sept au total, et reconnu cinq personnes marchant pieds nus, hommes et femmes, de 9 ou 10 ans à plus de 50 ans. Parmi elles, un garçon d'environ dix ans qui accélère le pas. Ces traces ne sont pas datées : rien ne prouve qu'elles soient contemporaines des chevaux.

De 1922 à aujourd'hui : un siècle de recherches

Le réseau supérieur, sans trace de passage préhistorique, était exploré depuis le début du XXe siècle. En 1922, deux adolescents, André David, 16 ans, et Henri Dutertre, 15 ans, découvrent les galeries ornées du réseau inférieur. Le curé de Cabrerets, l'abbé Amédée Lemozi, entreprend aussitôt l'étude des peintures et des gravures, et publie les premiers relevés en 1929.

La grotte ouvre au public dès 1926 et devient monument historique en 1952. Elle appartient à la commune de Cabrerets, qui gère les visites. À partir de 1974, Michel Lorblanchet y conduit des recherches de longue haleine, publiées en synthèse en 2010. Voir notre portrait de Michel Lorblanchet.

Une grotte façonnée par l'eau

Le Pech Merle développe plus de deux kilomètres de galeries sur deux niveaux, avec des salles de grand volume : le plafond de la galerie de l'Ours monte à environ 11 mètres. Sa formation a pris plusieurs millions d'années. Toutes les étapes restent lisibles : creusement par l'eau, effondrements, remplissages et vidanges successives d'eau, de sable ou d'argile.

Les disques qui donnent leur nom à une galerie sont la curiosité géologique du lieu. Chacun est formé de deux plaques de calcite séparées par une fissure très fine, par laquelle l'eau chargée de calcaire est arrivée. Stalactites, colonnes, draperies, excentriques et gours complètent le décor.

Préparer la visite et prolonger dans le Lot

Les peintures restent très fragiles : le nombre de visiteurs et la durée de présence dans la grotte sont donc limités. Le site officiel annonce des groupes de 25 personnes.

  • Où : 46330 Cabrerets. Depuis l'A20, sortie 57 (Cahors nord). Les deux derniers kilomètres montent fort. Deux parkings gratuits.
  • Billets : à retirer impérativement 30 minutes avant l'heure de visite.
  • Interdits : animaux, poussettes, photos et vidéos dans la grotte.
  • Musée Amédée-Lemozi : gratuit toute l'année, labellisé Musée de France. Il retrace plus de 350 000 ans d'occupation humaine en Quercy et présente du mobilier de grottes fermées au public.

Autour de Cabrerets, une douzaine d'autres grottes ornées sont connues dans la vallée du Célé et ses environs, mais aucune n'est ouverte au public. Pour voir une autre grotte ornée originale dans le Lot, il faut aller vers Gourdon : à Payrignac, la grotte de Cougnac, dont la paroi peinte est classée depuis 1954, se visite elle aussi. On y voit bouquetins, mammouths, grands cervidés et figures humaines. Retrouvez les autres sites du département sur notre page Lot.