Dans la grotte allemande du Hohle Fels, l’équipe de l’université de Tübingen a mis au jour deux figurines d’oiseaux en ivoire de mammouth, longues de deux centimètres et pesant à peine plus d’un gramme. Ce sont les plus petites œuvres de l’art glaciaire jamais trouvées dans la région.

Deux centimètres de long, 1,3 gramme pour la première, 0,7 pour la seconde : il faut une loupe pour saisir ce que les tailleurs du Paléolithique supérieur ont su mettre dans ces éclats d’ivoire de mammouth. Les deux figurines ont été dégagées à un mètre et demi l’une de l’autre, dans les couches les plus profondes du Hohle Fels, près de Schelklingen, dans le Jura souabe ; la région d’Allemagne du Sud qui a livré les plus anciennes œuvres figuratives connues.

Les fouilles sont dirigées par Nicholas Conard, de l’université de Tübingen, qui creuse ce site depuis des décennies. Les couches concernées appartiennent à l’Aurignacien et sont datées d’environ 40 000 ans : le moment où Homo sapiens s’installe dans la vallée du Danube supérieur.

Un oiseau qui couve, un autre en vol

Les deux pièces ne racontent pas la même chose. La première montre un oiseau au repos, ramassé sur lui-même, peut-être en train de couver ; l’œil est marqué avec insistance. La seconde déploie ses ailes, l’aile gauche est brisée, et porte un bec net ainsi que des incisions qui figurent le plumage. Les archéologues penchent pour des lagopèdes ou des grands tétras, des oiseaux que les chasseurs de la steppe glaciaire côtoyaient quotidiennement.

Ces figurines montrent que les premiers artistes étaient des sculpteurs d’ivoire accomplis, capables de rendre des motifs délicats à l’échelle de la miniature.Nicholas Conard, université de Tübingen

La Vénus du Hohle Fels, sortie de la même grotte et taillée dans le même ivoire de mammouth, il y a environ 40 000 ans. Elle est exposée au musée de Blaubeuren, où rejoignent aujourd’hui les deux oiseaux.
La Vénus du Hohle Fels, sortie de la même grotte et taillée dans le même ivoire de mammouth, il y a environ 40 000 ans. Elle est exposée au musée de Blaubeuren, où rejoignent aujourd’hui les deux oiseaux. Thilo Parg, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
La figurine d’oiseau aux ailes déployées, vue de dessus
Vue de dessus : l’aile s’ouvre en éventail. C’est ce déploiement qui a fait interpréter la figurine comme un oiseau en vol. ; © Universität Tübingen · photo Ralf Ehmann
La figurine d’oiseau couché, vue de trois quarts
Le second oiseau, couché : le corps ramassé, la tête basse, dans la posture d’un oiseau qui se pose ou qui couve. ; © Universität Tübingen · photo Ralf Ehmann

Pourquoi c’est important

On a longtemps expliqué l’art figuratif par la grande faune : mammouths, lions, chevaux, rhinocéros. Or ces deux oiseaux, comme le petit oiseau d’eau trouvé dans la même grotte il y a vingt ans, rappellent que le regard des premiers sculpteurs se posait aussi sur des bêtes modestes, ni dangereuses ni spectaculaires. Le choix du motif n’était donc pas dicté par la seule chasse au gros gibier.

La miniature pose une autre question, plus technique : travailler l’ivoire à cette échelle suppose des outils fins, une lumière suffisante et une main exercée. Le Hohle Fels n’en est pas à sa première démonstration ; c’est la grotte de la Vénus de Hohle Fels, la plus ancienne représentation humaine connue, et des flûtes en os de vautour, les plus anciens instruments de musique du monde. Une même communauté, au même endroit, sculptait, jouait et ornait.

Voir les figurines. Les photographies des deux oiseaux appartiennent à l’université de Tübingen et au musée de Blaubeuren, qui ne les diffusent pas sous licence libre : nous ne pouvons donc pas les reproduire ici. Elles sont visibles sur le communiqué de l’université de Tübingen (photos R. Ehmann) et au musée, dans l’exposition Federleicht und Forschungsschwer.

Où les voir

Les deux figurines sont exposées jusqu’au 4 avril 2027 au Musée de la préhistoire et de l’art de l’âge glaciaire de Blaubeuren (Urgeschichtliches Museum), à quelques kilomètres du site. Les grottes du Jura souabe et leurs collections sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2017.