Pendant plus de 300 000 ans, Néandertal a régné sur l’Europe et l’Asie occidentale. Puis, il y a environ 40 000 ans, il s’efface. Sa disparition, presque simultanée de l’arrivée de Homo sapiens, nourrit depuis des générations une des plus vieilles énigmes de la préhistoire.

Une extinction, pas une catastrophe soudaine

Il faut d’abord tordre le cou à une image : Néandertal n’a pas été balayé en un jour. Sa disparition s’étale sur plusieurs millénaires et de façon inégale selon les régions, les dernières populations se maintenant peut-être plus longtemps dans les péninsules du sud, en Ibérie notamment.

Cette lenteur oriente le débat : on cherche moins un événement unique qu’un faisceau de causes ayant lentement érodé une population déjà fragile.

L’hypothèse climatique

La période est marquée par de brusques oscillations climatiques. Des coups de froid rapides ont pu bouleverser la végétation, réduire le gibier et morceler les territoires favorables. Adapté au grand froid, mais dépendant de la grande faune, Néandertal aurait souffert de cette instabilité.

Le climat seul ne suffit toutefois pas à expliquer sa disparition : il avait déjà traversé de nombreux cycles glaciaires sans s’éteindre.

La concurrence avec Sapiens

L’arrivée de Homo sapiens en Europe coïncide avec le déclin néandertalien. Difficile de croire au hasard. Notre espèce disposait peut-être de réseaux d’échange plus vastes, d’un outillage plus varié, d’une démographie plus dynamique. À ressources égales, une concurrence, même discrète, a pu suffire à faire pencher la balance.

Les deux populations se sont côtoyées durant quelques milliers d’années au moins : la substitution ne fut ni brutale ni immédiate.

La dissolution par métissage

La génétique a apporté une révélation : Néandertal n’a pas totalement disparu. Les populations non africaines actuelles portent environ 2 % d’ADN néandertalien. Sapiens et Néandertal ont donc eu des enfants ensemble, à plusieurs reprises.

Une partie de la « disparition » n’en serait donc pas une : de petits groupes néandertaliens auraient pu être peu à peu absorbés, dilués dans une population de sapiens plus nombreuse. Néandertal ne se serait pas seulement éteint ; il aurait aussi fusionné.

Sans doute plusieurs causes

Aucune explication unique ne fait consensus. Le scénario le plus probable combine plusieurs facteurs : des populations néandertaliennes clairsemées, une faible diversité génétique, un climat instable, la concurrence et le métissage avec sapiens.

La disparition de Néandertal n’est peut-être pas le fruit d’une cause spectaculaire, mais l’aboutissement discret de fragilités accumulées. Une leçon d’humilité : rien ne garantissait, il y a 40 000 ans, que ce serait « nous » qui resterions.