Des dragages dans le détroit de Madura, au large de Java, ont livré deux fragments de crâne d’Homo erectus vieux d’environ 140 000 ans. Ce sont les premiers restes humains issus des plaines aujourd’hui submergées du Sundaland.

Dans quatre articles publiés le 16 mai 2025 dans la revue Quaternary Environments and Humans, une équipe menée par l’archéologue Harold Berghuis (université de Leyde) décrit un ensemble exceptionnel de fossiles récupérés lors d’opérations de dragage de sable dans le détroit de Madura, au nord-est de Java (Indonésie). Parmi plus de 6 000 restes se trouvent deux fragments de crâne attribués à Homo erectus.

Un continent englouti

Les dépôts fluviatiles qui contenaient ces fossiles sont datés de l’avant-dernière période glaciaire, autour de 140 000 ans. À cette époque, le niveau marin était inférieur d’environ 100 mètres au niveau actuel : Java était reliée au continent asiatique par une vaste plaine, le Sundaland, aujourd’hui recouverte par la mer.

C’est la première fois que des restes d’Homo erectus sont mis au jour dans ces basses terres immergées. La découverte suggère que les populations javanaises, longtemps supposées isolées sur l’île, se sont en réalité dispersées dans les plaines environnantes lors des baisses du niveau de la mer. Le paysage reconstitué évoque une savane parcourue par des éléphants, hippopotames, rhinocéros et crocodiles.

Pour la première fois, Homo erectus sort des basses terres englouties du Sundaland.

Des chasseurs mobiles

Les chercheurs signalent aussi des indices comportementaux : des os de bovidés brisés et des os de tortues portant des traces de découpe, interprétés comme les vestiges d’une chasse active. Ce comportement, non documenté chez les Homo erectus javanais plus anciens, rappelle celui d’espèces plus modernes du continent, ce qui pourrait indiquer des contacts entre groupes d’hominines.

Ces interprétations restent prudentes : l’hypothèse d’un échange génétique avec des populations continentales n’est qu’une piste avancée à partir d’indices comportementaux, sans ADN ancien exploitable, et les fossiles proviennent de sédiments remaniés par le dragage. Les collections sont conservées au Musée géologique de Bandung.