
Portrait
L’hippopotame est un mammifère semi-aquatique de 1,5 à 3 tonnes, au corps en tonneau, aux pattes courtes et à la gueule capable de s’ouvrir à cent cinquante degrés sur des canines de cinquante centimètres. Il passe ses journées immergé et sort la nuit brouter à terre, parcourant parfois plusieurs kilomètres.
Sa peau sécrète un liquide rougeâtre qui l’a longtemps fait passer pour « suant du sang » : c’est en réalité un antiseptique et un filtre solaire naturel, indispensable à un animal presque nu qui alterne l’eau et le plein soleil.
Un animal européen, pendant les interglaciaires
Voilà ce que la fiche a de plus surprenant : l’hippopotame a vécu en Europe. Pendant les phases chaudes du Pléistocène, en particulier au dernier interglaciaire il y a environ 125 000 ans, Hippopotamus amphibius remontait jusqu’en Angleterre.
Ses restes ont été exhumés en plein Londres, sous Trafalgar Square, aux côtés de ceux de l’éléphant antique et du lion. La Tamise, le Rhin et le Rhône coulaient alors dans un paysage plus proche de l’actuelle vallée du Nil que de l’Europe tempérée d’aujourd’hui.

Ce que cela dit du climat
L’hippopotame ne supporte pas le gel de l’eau : sa présence est un thermomètre sans ambiguïté. Trouver ses os dans une couche signifie des hivers doux et des cours d’eau libres de glace toute l’année.
C’est pourquoi il joue un rôle démesuré dans la stratigraphie du Pléistocène européen : il permet d’identifier immédiatement les épisodes interglaciaires dans des séquences où tout le reste est ambigu. Alterner hippopotame et renne d’une couche à l’autre, comme le font certains sites, c’est lire l’oscillation climatique à l’œil nu.
Les nains des îles
Sur les îles méditerranéennes (Chypre, Crète, Sicile, Malte) l’espèce a produit des formes naines, réduites à quelques centaines de kilos. Ce nanisme insulaire, réponse classique à un espace fermé et sans grands prédateurs, a touché aussi les éléphants, dont les crânes à large ouverture nasale centrale ont peut-être nourri le mythe du cyclope.
À Chypre, le site d’Aetokremnos a livré une accumulation de plusieurs centaines d’hippopotames nains associée à des traces humaines, vers 12 000 ans. Le rôle exact des chasseurs dans leur disparition reste débattu; on ne sait pas trancher entre coup de grâce et simple coïncidence sur une population déjà en déclin.
Chassé ou évité ?
Peu de sites européens montrent une exploitation systématique. L’animal est énorme, agressif, et vit dans l’eau : le rapport risque/rendement est mauvais. Là où des traces de découpe existent, elles évoquent plutôt le charognage ou l’aubaine que la chasse organisée. L’hippopotame appartient à ce petit groupe d’espèces que les hommes préhistoriques ont côtoyées sans en faire un gibier.





