Une Brésilienne formée à Paris
Niède Guidon naît le 12 mars 1933 à Jaú, dans l’État de São Paulo, d’un père français et d’une mère brésilienne. Licence d’histoire naturelle à l’université de São Paulo, puis la Sorbonne, où elle se spécialise en archéologie et en art pariétal. De retour au Brésil, elle est embauchée au musée de l’Ipiranga, à São Paulo.
Des photographies, et une révélation
En 1963, le maire de Petrolina lui montre des photographies de peintures repérées sur les parois d’abris du Piauí, dans le Nordeste. Elle comprend immédiatement qu’il s’agit d’art rupestre. Elle veut s’y rendre, mais le coup d’État militaire de 1964 la contraint à l’exil : soupçonnée de sympathies communistes, elle part pour la France.
Elle en profite pour soutenir son doctorat à Paris, sous la direction d’André Leroi-Gourhan. Elle ne pourra revenir sur le terrain qu’en 1973.
La Serra da Capivara
À partir de 1978, une mission archéologique franco-brésilienne, financée côté français par le ministère des Affaires étrangères, s’installe dans le Piauí. Ce qu’elle y met au jour dépasse toutes les attentes : des centaines d’abris ornés, des milliers de peintures rupestres (chasses, danses, scènes sexuelles, animaux disparus) qui constituent l’une des plus grandes concentrations d’art rupestre au monde.
Le site devient parc national dès 1979, puis patrimoine mondial de l’Unesco. Elle fonde la FUMDHAM et le musée de l’Homme américain, et fait de l’archéologie un moteur de développement pour l’une des régions les plus pauvres du Brésil : écoles, emplois, formation de techniciens locaux.
Elle a transformé un site archéologique en projet social pour toute une région.
Pedra Furada, ou la controverse d’une vie
Au pied des falaises, les fouilles livrent des galets qu’elle interprète comme taillés, associés à des foyers, dans des niveaux datés bien au-delà de 30 000 ans. La publication dans Nature, en 1986, provoque une secousse : à cette date, le consensus nord-américain veut que l’Amérique ait été peuplée il y a environ 13 000 ans, par le détroit de Béring.
La contestation est frontale. Les critiques soutiennent que les « outils » de Pedra Furada peuvent être des géofacts, des éclats produits naturellement par la chute de galets depuis la falaise, et que les charbons datés peuvent provenir de feux de brousse. Guidon n’a jamais cédé sur ses conclusions.
Un débat qui lui a partiellement donné raison
Le consensus « Clovis d’abord » s’est effondré depuis, sous le poids d’autres sites, Monte Verde au Chili, White Sands aux États-Unis. Un peuplement bien antérieur à 13 000 ans est aujourd’hui admis. Les dates extrêmes de Pedra Furada, elles, restent minoritaires et discutées.
Niède Guidon est morte le 4 juin 2025 à São Raimundo Nonato, dans le Piauí, à quatre-vingt-douze ans, sur le terrain qu’elle n’avait plus quitté.
- Guidon N., Delibrias G., « Carbon-14 dates point to man in the Americas 32,000 years ago », Nature, 1986.
- Fundação Museu do Homem Americano (FUMDHAM), Serra da Capivara.
- Unesco, parc national de la Serra da Capivara, patrimoine mondial.




