Une autodidacte au crayon très sûr

Mary Douglas Nicol naît à Londres le 6 février 1913. Son père, peintre paysagiste, l’emmène enfant dans le Périgord, où elle visite des grottes ornées et se lie avec l’abbé Lemozi, le préhistorien de Pech Merle. Sa scolarité est chaotique (renvoyée de plusieurs établissements, jamais diplômée) mais elle dessine remarquablement, et c’est par le dessin qu’elle entre dans l’archéologie : on l’engage pour illustrer des rapports de fouille.

Ce trait précis, elle en fera un instrument scientifique. Ses planches d’outils lithiques, publiées pendant un demi-siècle, restent des documents de référence : dans une discipline où la photographie rend mal les enlèvements et les nervures, un bon dessin vaut démonstration.

Le Proconsul de Rusinga

En 1948, sur l’île de Rusinga, dans le lac Victoria, elle met au jour un crâne de Proconsul africanus, primate d’environ vingt millions d’années; le premier crâne fossile de grand singe jamais retrouvé. La découverte fait le tour de la presse mondiale et installe le couple Leakey dans le paysage scientifique international.

Zinj, 1959 : c’est elle qui trouve

Le 17 juillet 1959, à Olduvaï, alors que Louis est retenu au camp par la fièvre, Mary repère des dents affleurant dans la pente. Le dégagement livre un crâne massif à crête sagittale, Zinjanthropus boisei pour Louis, Paranthropus boisei aujourd’hui. Daté de 1,75 million d’années, il ouvre l’ère des grandes campagnes d’Olduvaï et des financements internationaux.

Après la mort de Louis en 1972, elle prend seule la direction du site et publie les volumes qui font encore autorité : Olduvai Gorge tome 3 en 1971, tome 5 en 1994. C’est elle qui établit la classification des industries lithiques des lits I et II : le travail ingrat, minutieux, qui transforme des milliers de cailloux en séquence culturelle.

Elle a trouvé les fossiles les plus célèbres, et passé sa vie à classer des outils que personne ne regardait.

Laetoli, 1976-1978 : trois marcheurs dans la cendre

À Laetoli, en Tanzanie, une couche de cendres volcaniques a durci après une pluie, il y a 3,7 millions d’années. Des animaux l’ont traversée, et trois hominines bipèdes aussi. En 1976, un membre de son équipe découvre les premières empreintes; les campagnes suivantes en dégagent une piste de plusieurs dizaines de mètres.

Ces traces sont le document le plus direct que la paléoanthropologie ait jamais produit. Elles montrent un pied à voûte plantaire, un gros orteil aligné, une démarche talon-pointe : des marcheurs, pas des grimpeurs occasionnels. Le débat sur l’identité des auteurs : Australopithecus afarensis, très probablement, et sur le nombre exact d’individus n’est pas clos, mais la bipédie, elle, est là, gravée.

Une exigence de terrain

Mary Leakey se méfiait des synthèses spectaculaires et des interprétations pressées, y compris celles de son mari. Fumant le cigare, entourée de ses dalmatiens, elle a imposé un standard de fouille et d’enregistrement qui a formé une génération de chercheurs est-africains.

Elle meurt à Nairobi le 9 décembre 1996. Longtemps présentée comme « l’épouse de », elle est aujourd’hui reconnue pour ce qu’elle fut : l’archéologue du couple, celle qui trouvait, fouillait, dessinait et publiait.

Sources
  • Mary Leakey, Disclosing the Past: An Autobiography, Doubleday, 1984.
  • Encyclopædia Britannica, « Mary Douglas Leakey » (biographie).
  • Smithsonian Human Origins Program, « Laetoli Footprint Trails » (humanorigins.si.edu).
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