Une archéozoologue chez les San

Marylène Patou-Mathis naît le 16 juin 1955 à Paris. Maîtrise de géologie, puis spécialisation en préhistoire : DEA en 1981, doctorat en 1984. Sa discipline est l’archéozoologie : l’étude des ossements animaux des sites préhistoriques, cette masse de restes que l’on trie, identifie et lit pour reconstituer la chasse, la boucherie, les saisons, l’alimentation.

Avant d’entrer au CNRS en 1989, elle passe trois mois chez les San, chasseurs-cueilleurs du Kalahari, au Botswana. L’expérience marquera durablement sa manière de raisonner : voir comment un groupe traite réellement une carcasse, ce qu’il laisse, ce qu’il emporte, vaccine contre les reconstitutions de bureau.

Réhabiliter Néandertal

L’essentiel de ses travaux porte sur les comportements néandertaliens. Au fil des sites : en France, en Europe centrale, en Crimée, elle documente une humanité qui chasse de manière planifiée, sélectionne ses proies, exploite les carcasses avec méthode, se soigne, utilise des plantes, enterre ses morts.

Au Muséum national d’histoire naturelle, elle dirige de 2013 à 2018 l’équipe consacrée aux comportements des Néandertaliens et des hommes anatomiquement modernes replacés dans leur contexte paléoécologique, avant de devenir directrice adjointe de son unité. Le portrait de brute épaisse hérité de Marcellin Boule s’effondre, pièce par pièce, sous l’accumulation des données.

Ce ne sont pas les os qui avaient changé : c’est le regard qu’on portait sur eux.

Les femmes de la préhistoire

Son second grand chantier est historiographique : quelles projections les préhistoriens ont-ils plaquées sur les sociétés anciennes ? Elle montre que la division sexuelle du travail communément admise (l’homme chasseur, la femme au foyer) ne repose sur aucune preuve archéologique solide, mais sur les conventions du XIXe siècle transposées sur le Paléolithique.

Son essai L’Homme préhistorique est aussi une femme (2020) rencontre un large public et relance le débat bien au-delà du cercle académique. Certains collègues lui ont reproché de forcer le trait sur des points précis; le fond de la démonstration, l’absence de preuve pour un partage rigide des rôles, a durablement modifié la manière dont on écrit et dont on expose la préhistoire.

Une science des restes

Sa force reste technique. En archéozoologie, tout se joue dans le détail : quelles espèces, quels âges, quelles saisons d’abattage, quelles stries de découpe, quels os fracturés pour la moelle, quels choix de transport depuis le lieu de mise à mort. Ce sont ces séries, patiemment constituées, qui autorisent ensuite les grandes affirmations.

Transmettre et discuter

Autrice de nombreux ouvrages, dont plusieurs consacrés à Néandertal, elle organise congrès et rencontres internationales et intervient régulièrement dans les médias. Elle assume la part polémique de son travail : mettre au jour les préjugés d’une discipline suppose de nommer ceux qui les ont formulés, et d’accepter la contradiction en retour.

Ses livres

Ses ouvrages disponibles dans notre librairie.

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