Du rêve égyptien à la biologie moléculaire

Né à Stockholm en 1955, fils du biochimiste et futur Nobel Sune Bergström, Svante Pääbo se passionne d'abord pour l'égyptologie avant de se tourner vers la médecine et la biologie moléculaire à l'université d'Uppsala. Dès sa thèse, une idée le hante : peut-on extraire l'ADN d'êtres morts depuis des millénaires ? En 1985, il annonce avoir cloné de l'ADN d'une momie égyptienne, prélude à une discipline entièrement nouvelle.

Inventer la paléogénétique

Confronté à la dégradation et à la contamination qui rongent l'ADN ancien, Pääbo consacre les décennies suivantes à mettre au point des protocoles d'une rigueur extrême. Il fonde à Leipzig, au sein de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutive, un laboratoire qui devient le centre mondial de l'ADN fossile, alliant salles blanches, chimie de pointe et séquençage à haut débit.

Le génome de Néandertal

En 2010, son équipe publie une première version du génome de Homo neanderthalensis, exploit longtemps jugé impossible. La comparaison avec l'ADN des humains actuels livre une révélation majeure : les populations humaines non africaines portent quelques pour cent d'ADN néandertalien, preuve de croisements entre nos ancêtres et les Néandertaliens après la sortie d'Afrique.

Les Dénisoviens, une humanité révélée par l'ADN

En 2010 également, à partir d'un simple fragment de phalange trouvé dans la grotte de Denisova, en Sibérie, Pääbo et ses collègues identifient un groupe humain jusqu'alors inconnu, les Dénisoviens, la première population humaine définie non par ses os mais par son génome. Ils montrent que ces humains se sont eux aussi mêlés à Homo sapiens, laissant des traces dans les populations d'Asie et d'Océanie.

Un Nobel et une nouvelle science des origines

Pour l'ensemble de ces travaux fondateurs, Svante Pääbo reçoit en 2022 le prix Nobel de physiologie ou médecine. Ses recherches ont ouvert un champ entier, la paléogénomique, qui éclaire désormais les migrations, les métissages et l'immunité de l'espèce humaine à la lumière de son ADN le plus ancien.

Sources
  • Svante Pääbo, Neanderthal Man: In Search of Lost Genomes, Basic Books, 2014.
  • The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2022 (nobelprize.org).
  • Green et al., « A Draft Sequence of the Neandertal Genome », Science, 2010.