Il y a environ 12 000 ans, à la toute fin du Paléolithique, de petits groupes de chasseurs s’arrêtaient dans la plaine sableuse qui borde la rive gauche de la Loire, à quatre kilomètres du fleuve, sur l’actuelle commune de Saint-Laurent-Nouan, en Loir-et-Cher. Ils y taillaient de grandes lames. L’Inrap fouille leurs campements depuis le début de l’année, sur l’emprise d’une carrière de près de sept hectares, et a présenté ses premiers résultats le 11 septembre.

Trois haltes de chasse laboriennes

Les silex taillés se sont conservés parce qu’ils ont été piégés dans des dépressions sableuses. Ils dessinent trois zones d’occupation distinctes, interprétées comme de petits campements de halte de chasse attribués au Laborien, une culture de l’extrême fin du Paléolithique, contemporaine du dernier coup de froid glaciaire, connue pour ses grandes lames et ses pointes à dos.

Ce qui attirait ces groupes ici se lit sur la carte : de petits cours d’eau, et surtout des affleurements de silex le long de la Loire. Ils cherchaient une matière de bonne qualité pour produire de grandes lames, débitées à partir de plaquettes de silex soigneusement préparées, au percuteur de pierre tendre. Le site prolonge une série de découvertes faites par l’Inrap ces dernières années dans le secteur voisin de Muides-sur-Loire, mais sa superficie offre pour la première fois une vue d’ensemble de la façon dont ces occupations s’organisaient dans le paysage.

Un hameau de l’âge du Bronze

Trois habitats protohistoriques, espacés de 100 à 150 mètres, ont aussi été repérés. Le mieux conservé date du Bronze final, entre 1150 et 1000 avant notre ère : trois ou quatre bâtiments, une concentration de structures de cuisine et de stockage, un vase-silo enterré près de la maison pour les denrées à court terme, quelques fosses. Le mobilier est celui d’un quotidien de paysans : récipients en céramique, ustensiles circulaires appelés tores, fragments de chenets, quelques pièces lithiques.

Et un enclos carolingien

L’occupation la plus récente est un enclos rectangulaire des IXe-Xe siècles, 88 mètres sur 58, fermé par une palissade dont il reste 123 trous de poteau. Sur ses 5 000 mètres carrés, le tiers oriental concentre 90 % des vestiges, surtout des fosses de stockage de céréales et de légumineuses, et quelques alignements de poteaux qui signalent des bâtiments encore mal définis. Son exploration ne fait que commencer.

Un même terrain, trois usages à douze mille ans d’écart : une halte de tailleurs de lames, une ferme du Bronze, une ferme fortifiée carolingienne.

Voir le chantier

La fouille, dirigée par Hélène Froquet-Uzel, est prescrite par le service régional de l’archéologie du Centre-Val de Loire et menée pour l’aménageur Ligérienne Granulats. Elle est exceptionnellement ouverte au public le samedi 19 septembre 2026, de 10 h à 18 h, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, entre la rue Hallée et la rue Moque-Baril (D951), à Saint-Laurent-Nouan. Entrée libre. C’est une occasion rare de voir une fouille du Paléolithique final en cours, sur le terrain, avant que la carrière ne reprenne ses droits.