La réponse a changé ces dernières années. En bref : longtemps c’était la grotte Chauvet (environ 36 000 ans), mais des découvertes en Indonésie ont révélé des peintures figuratives de plus de 51 000 ans, et l’Espagne a livré de l’art attribué à Néandertal, plus ancien encore. Tout dépend de ce qu’on appelle « art ».

Chauvet, la référence européenne

Découverte en 1994 en Ardèche, la grotte Chauvet a bouleversé nos certitudes. Ses fresques de lions, de rhinocéros et de chevaux, vieilles d’environ 36 000 ans, montrent l’estompe, la perspective, le rendu du mouvement ; une maîtrise que l’on croyait réservée à des périodes bien plus tardives. Elle a ruiné l’idée d’un art qui aurait progressé lentement du maladroit vers le savant : dès les premières œuvres connues en Europe, tout est déjà là.

L’Indonésie rebat les cartes

Puis les datations tombent, et elles viennent d’Asie du Sud-Est. Sur l’île de Sulawesi, une peinture de cochon verruqueux a d’abord été datée d’au moins 45 500 ans. Puis, en 2024, une nouvelle méthode appliquée à la grotte de Leang Karampuang a repoussé une scène narrative, trois figures humaines autour d’un cochon, à environ 51 200 ans. Sur l’île voisine de Bornéo, un dessin d’animal dépasse aussi les 40 000 ans.

Le point important n’est pas seulement l’ancienneté : c’est qu’il s’agit de scènes, avec des personnages en interaction. Ce que l’on tenait pour une invention européenne tardive existait à l’autre bout du monde, plus tôt.

Comment date-t-on une peinture ?

Deux méthodes, et leur différence explique une bonne part des débats. Le radiocarbone date la matière organique du pigment, du charbon de bois, par exemple. Il donne l’âge du trait lui-même, mais ne fonctionne pas sur les ocres, qui sont minérales, et plafonne vers 50 000 ans.

La méthode uranium-thorium date les fines pellicules de calcite qui se déposent sur la paroi. Si la calcite recouvre la peinture, la peinture est plus ancienne : on obtient un âge minimum. C’est cette méthode qui a permis les dates indonésiennes et espagnoles, et c’est elle qui est discutée, car il faut être certain que la calcite analysée s’est bien formée après le trait, et qu’elle n’a pas été altérée depuis.

Et Néandertal ?

En Espagne, trois grottes, La Pasiega, Maltravieso et Ardales, ont livré des tracés, un pochoir de main et des points colorés datés par uranium-thorium de plus de 64 000 ans. À cette date, aucun Homo sapiens n’était présent en Europe : l’auteur ne peut être que Néandertal. Une étude de 2026 a même proposé un pochoir de main de 67 800 ans.

Ces dates restent contestées par une partie de la communauté, précisément pour les raisons évoquées plus haut. Mais elles s’accumulent, et elles convergent avec d’autres indices d’une pensée symbolique néandertalienne : coquillages percés, plumes de rapaces, usage de pigments.

Figuratif ou abstrait : la question qui décide de tout

Si l’on demande « la plus ancienne image reconnaissable », la réponse est aujourd’hui indonésienne. Si l’on demande « la plus ancienne marque intentionnelle sur une paroi », on descend beaucoup plus bas : tracés néandertaliens espagnols, gravures en croisillons de la Roche-Cotard en Touraine, et plus loin encore les coquilles gravées de Homo erectus à Trinil, il y a peut-être 500 000 ans.

La question « quelle est la plus vieille grotte ornée ? » n’a donc pas une réponse mais un seuil, que chacun place où il veut. Ce que toutes ces découvertes disent en revanche d’une seule voix, c’est que le geste de marquer une paroi est bien plus ancien, et bien plus largement partagé, qu’on ne le croyait il y a trente ans.

Pour aller plus loin : nos dossiers Chauvet-Pont d’Arc et Les mains négatives.