Le Bas-Rhin n’a ni grottes ornées ni grands abris sous roche, et pourtant sa préhistoire est d’une grande richesse. Elle se lit dans le sol : les épais dépôts de lœss, ces limons apportés par le vent durant les périodes glaciaires, recouvrent les collines du Kochersberg et les bords de la plaine du Rhin. À Achenheim, près de Strasbourg, les anciennes carrières de lœss ont fourni l’une des séquences de référence du Quaternaire en Europe, avec des outils du Paléolithique ancien et moyen pris dans les couches successives. Elles racontent l’alternance des climats froids et tempérés sur plusieurs centaines de milliers d’années.
Ces mêmes terres fertiles ont attiré très tôt les premiers agriculteurs. Vers le milieu du VIe millénaire avant notre ère, les populations du Rubané, venues de l’Europe centrale par la vallée du Danube, s’installent en Alsace. Elles y bâtissent de grandes maisons de bois, cultivent céréales et légumineuses, élèvent bovins et moutons, et enterrent leurs morts dans des nécropoles que les fouilles préventives mettent régulièrement au jour. L’Alsace est ainsi l’une des régions de France où l’on suit le mieux l’arrivée et l’évolution du Néolithique, puis les âges des métaux, entre la plaine et les contreforts des Vosges.
Pour voir ces découvertes, une adresse s’impose à Strasbourg : le musée archéologique de Strasbourg, installé dans les sous-sols du palais Rohan. Ses salles déroulent l’histoire de l’Alsace depuis les premiers chasseurs jusqu’au haut Moyen Âge, avec une place de choix pour les outils de pierre, les céramiques rubanées et les sépultures néolithiques. Une visite idéale pour comprendre comment, sans grottes ni falaises, un territoire peut conserver des centaines de milliers d’années de présence humaine.
