La Somme occupe une place à part dans l’histoire des sciences : c’est ici, dans les graviers de sa vallée, que la préhistoire est née comme discipline. Le fleuve, en creusant le plateau crayeux de Picardie au cours des glaciations successives, a laissé des terrasses étagées où se sont conservés, mêlés aux ossements d’animaux disparus, les outils des premiers habitants du nord de la France.

Au milieu du XIXe siècle, à Abbeville, Jacques Boucher de Perthes recueille dans les sablières des silex taillés associés à des restes d’éléphants et de rhinocéros, et défend l’idée, alors très contestée, d’une humanité « antédiluvienne ». La reconnaissance de ses travaux par des savants britanniques en 1859 marque une date fondatrice. Peu après, le quartier de Saint-Acheul, à Amiens, donne son nom à l’Acheuléen, la culture des bifaces, présente sur plusieurs continents pendant des centaines de milliers d’années. Les recherches se poursuivent aujourd’hui dans la vallée, où des fouilles ont livré des sites acheuléens parmi les plus anciens du nord-ouest de l’Europe. La préhistoire récente n’est pas en reste : camps néolithiques, enceintes et nécropoles de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer ont été révélés, notamment grâce à la photographie aérienne.

Pour découvrir ce long passé, rendez-vous à Samara, le parc archéologique de La Chaussée-Tirancourt, près d’Amiens. Installé dans la vallée de la Somme, il présente des reconstitutions d’habitats de la préhistoire à l’époque gauloise, des jardins et un pavillon d’exposition. Ses ateliers et animations invitent à tailler le silex, faire du feu ou fabriquer des poteries, pour comprendre de l’intérieur les gestes de nos ancêtres.