
Un trésor de bois sorti d’une mine allemande
Découvertes entre 1994 et 1998 dans la mine de lignite à ciel ouvert de Schöningen, en Basse-Saxe, une dizaine de lances et de bâtons de jet en épicéa ont traversé les millénaires, conservées par miracle dans des sédiments gorgés d’eau. Autour d’elles, les restes de plus de cinquante chevaux dépecés. Ce « Speerhorizont » — l’horizon des lances — est depuis devenu l’icône mondiale de la chasse paléolithique.

La nouvelle datation : environ 200 000 ans
Jusqu’ici, on datait la couche à environ 300 000 ans — et même 400 000 aux débuts. Une équipe du Leibniz-Zentrum für Archäologie (LEIZA), de l’université de Mayence et de l’université d’York vient de la redater, non plus à partir des sédiments, mais par racémisation des acides aminés piégés dans les opercules de minuscules escargots d’eau douce (genre Bithynia), avec l’appui de dents de cheval. Verdict, publié dans Science Advances le 9 mai 2025 : environ 200 000 ans.

Ce que ça change : bienvenue au Paléolithique moyen
À 300 000 ans, ces armes étaient volontiers attribuées à Homo heidelbergensis. À 200 000 ans, on bascule dans le Paléolithique moyen, à l’époque des premiers Néandertaliens. Les lances de Schöningen deviennent alors une preuve de plus que Néandertal n’était pas la brute solitaire des vieux manuels, mais un chasseur qui planifiait et coopérait : rabattre des troupeaux de chevaux vers les rives d’un lac supposait des groupes coordonnés, une vraie communication et une organisation collective.
À suivre… avec prudence
La datation ne fait pas l’unanimité : d’autres chercheurs défendent encore un âge plus ancien, et le débat n’est pas clos. C’est le propre de la science que de se corriger. Mais quelle que soit la date qui s’imposera, le message se renforce : loin du cliché de la brute, Néandertal apparaît comme un chasseur habile, social et redoutablement organisé.


