Le mammouth laineux a régné sur les steppes glaciaires pendant des centaines de milliers d’années avant de s’éteindre. Pourquoi ? En bref : une double peine ; le réchauffement de la fin de la dernière glaciation, qui a fait disparaître son habitat, et la chasse humaine, qui a achevé des populations déjà fragmentées.
Le roi de la steppe glaciaire
Couvert d’une épaisse fourrure, doté de petites oreilles pour limiter les pertes de chaleur et d’une bosse de graisse sur le garrot, le mammouth laineux était parfaitement adapté au froid. Il prospérait sur l’immense « steppe à mammouths », une prairie froide et sèche qui s’étendait de l’Espagne à l’Alaska en passant par la Sibérie ; le plus vaste biome terrestre de la dernière période glaciaire.
Cet écosystème n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Sec, venteux, très lumineux, il produisait une herbe nutritive en quantité, capable de nourrir des troupeaux de très gros herbivores : mammouths, bisons, chevaux, rhinocéros laineux.
Cause n° 1 : le climat se réchauffe
Il y a environ 11 700 ans, la dernière glaciation s’achève. Le climat se réchauffe, les précipitations augmentent, et la steppe sèche cède la place à la toundra humide, à la tourbière et à la forêt. Ces milieux produisent moins de fourrage nutritif à l’hectare et sont plus difficiles à parcourir.
L’habitat du mammouth rétrécit et, surtout, se fragmente. Des populations autrefois continues se retrouvent isolées en poches, ce qui réduit les échanges génétiques et augmente la consanguinité. L’ADN ancien a confirmé cette histoire : les derniers mammouths portent les marques génétiques d’une population effondrée.
Cause n° 2 : la chasse humaine
Au même moment, les chasseurs traquaient le mammouth pour sa viande, sa graisse, ses tendons, son ivoire et ses os ; à Mezhyrich, en Ukraine, on a bâti des huttes entières avec ses ossements. La pression de chasse, appliquée à des populations déjà affaiblies, a pu porter le coup fatal.
Un point de méthode mérite d’être signalé : on discute encore de l’ampleur réelle de cette chasse. Trouver des os de mammouth sur un campement ne prouve pas toujours que l’animal a été tué ; il a pu être charogné. Les défenseurs de l’hypothèse humaine s’appuient plutôt sur la coïncidence géographique entre l’arrivée des humains et les extinctions, particulièrement nette en Amérique du Nord.
Un enchaînement fatal
Ni le climat seul, ni l’homme seul n’expliquent tout. Les modèles qui combinent les deux facteurs reproduisent bien mieux les dates d’extinction observées que ceux qui n’en retiennent qu’un. Le mécanisme est cruel dans sa logique : un habitat qui se réduit concentre les animaux dans des refuges, où ils deviennent à la fois plus faciles à trouver et moins capables de se reconstituer.
Une espèce ne meurt presque jamais d’une seule cause : elle meurt de ne plus pouvoir encaisser la suivante.
Les tout derniers mammouths
Détail stupéfiant : une population isolée a survécu sur l’île Wrangel, dans l’océan Arctique, jusqu’à il y a environ 4 000 ans. Autrement dit, les derniers mammouths étaient encore vivants quand on bâtissait les pyramides d’Égypte.
Leur génome a été lu : il montre une accumulation de mutations délétères, signe d’une population trop petite pour éliminer ses défauts, ce que les généticiens appellent une fonte génomique. Longtemps on a cru y voir la cause de leur disparition finale. Des travaux plus récents nuancent : la population de Wrangel semble être restée stable jusqu’au bout, ce qui plaide plutôt pour un événement brutal, une mauvaise saison, une maladie, que pour une lente agonie.
Pour comprendre le contexte : notre dossier Le climat et les glaciations.