À Casablanca, une équipe menée par Jean-Jacques Hublin a exhumé des ossements humains vieux de 773 000 ans. Ces Africains pourraient être proches du dernier ancêtre commun d’Homo sapiens, de Néandertal et de Denisova.

Le 7 janvier 2026, la revue Nature a publié l’étude de nouveaux fossiles humains provenant de la Grotte à Hominidés, sur le site de Thomas Quarry I, une ancienne carrière de Casablanca (Maroc). L’équipe internationale était dirigée par Jean-Jacques Hublin (Collège de France et Institut Max-Planck de Leipzig), avec notamment David Lefèvre (université Paul-Valéry Montpellier), Giovanni Muttoni (université de Milan) et Abderrahim Mohib (INSAP, Maroc).

Une tanière de carnivores

Les restes comprennent une mandibule adulte presque complète, une seconde demi-mandibule, une mandibule d’enfant, des dents isolées, plusieurs vertèbres et un fémur portant des traces de morsures de carnivore : le dépôt correspondait vraisemblablement à une tanière où des prédateurs avaient traîné les corps. Cet ensemble documente une période encore très mal connue de l’évolution humaine en Afrique.

773 000 ans, à 4 000 ans près

La datation est particulièrement solide. Grâce à une étude magnétostratigraphique fine (environ 180 échantillons) qui a enregistré l’inversion géomagnétique Matuyama-Brunhes, les chercheurs situent les fossiles à 773 000 ± 4 000 ans. Une telle précision est rare pour des vestiges aussi anciens et fait de Thomas Quarry l’un des jalons les mieux calés du Pléistocène moyen africain.

Ces fossiles sont peut-être les meilleurs candidats dont nous disposons pour des populations africaines proches de la racine de notre ascendance commune. — Jean-Jacques Hublin

Près de la racine commune

L’anatomie de ces hominines mêle des traits archaïques et d’autres plus modernes. Selon les auteurs, ils représentent une lignée africaine située à la base de celle qui mènera à Homo sapiens, et pourraient se trouver près du dernier ancêtre commun de Sapiens, des Néandertaliens et des Dénisoviens — dont la génétique situe la séparation entre 765 000 et 550 000 ans environ.

Les chercheurs restent prudents : faute d’ADN et de crâne complet, ils ne nomment pas de nouvelle espèce et parlent d’une population plutôt que d’un ancêtre direct identifié. La découverte souligne surtout le rôle de l’Afrique du Nord, longtemps négligée, dans l’histoire de notre genre.