Peut-on inhumer ses morts et graver des signes sur les parois d’une grotte avec un cerveau trois fois plus petit que le nôtre ? C’est la question, presque provocatrice, que soulève Homo naledi. Les annonces à son sujet comptent parmi les plus contestées de la paléoanthropologie récente.
Une espèce inattendue
En 2015, une équipe dirigée par le paléoanthropologue Lee Berger décrit une espèce nouvelle, Homo naledi, à partir de milliers d’ossements exhumés de la grotte Rising Star, en Afrique du Sud. Sa boîte crânienne est petite, environ 500 cm³, mais son anatomie mêle traits archaïques et modernes.
Surprise supplémentaire : ces fossiles sont récents, entre 250 000 et 335 000 ans. Un hominine au petit cerveau vivait donc en Afrique alors que Homo sapiens émergeait déjà.
Des corps au fond de la grotte
Les ossements gisent dans une chambre profonde et difficile d’accès, au bout d’étroits boyaux plongés dans l’obscurité totale. Comment tous ces corps sont-ils arrivés là ? Pour l’équipe de Berger, la meilleure explication est le dépôt volontaire des morts par leurs semblables.
L’hypothèse est audacieuse : elle prête à un être au petit cerveau un comportement funéraire, jusque-là attribué aux seuls Néandertaliens et sapiens.
Les annonces de 2023
En 2023, l’équipe va plus loin encore. Elle annonce non seulement des inhumations intentionnelles, avec des corps déposés dans des cuvettes creusées, mais aussi des gravures géométriques sur les parois, qui auraient été réalisées par Homo naledi. Pour un hominine au si petit cerveau, ce serait une révolution.
Ces travaux sont diffusés largement, avant même d’avoir franchi toutes les étapes de la validation scientifique, ce qui va nourrir la polémique.
Un tollé scientifique
La réaction d’une partie de la communauté est sévère. De nombreux spécialistes jugent les preuves insuffisantes : rien n’exclut, disent-ils, que les corps se soient accumulés naturellement, entraînés par l’eau ou tombés dans des puits. Les prétendues gravures, elles, ne sont pas datées et pourraient être bien plus récentes.
Le débat déborde le seul cas de naledi : il touche à la manière de faire de la science, entre annonces spectaculaires et prudence des preuves.
Le débat continue
Rien n’est tranché. Si les inhumations se confirmaient, il faudrait admettre qu’un comportement symbolique complexe peut exister sans grand cerveau, ce qui bouleverserait nos idées reçues sur l’intelligence et le symbole. Mais des affirmations extraordinaires réclament des preuves extraordinaires.
Homo naledi reste, pour l’heure, une magnifique énigme : une espèce qui nous oblige à questionner ce que nous croyions réservé à nous seuls.