Portrait général
Homo naledi est la découverte la plus déroutante de la paléoanthropologie récente. Il vivait en Afrique du Sud il y a 335 000 à 236 000 ans; à l’époque des premiers Homo sapiens; avec un cerveau de la taille de celui d’un australopithèque.
Son nom vient du mot naledi, « étoile » en sesotho, d’après le nom de la grotte : Rising Star.
Découverte
En septembre 2013, deux spéléologues, Rick Hunter et Steven Tucker, explorent le réseau de Rising Star, près de Johannesburg, et débouchent dans une chambre jonchée d’ossements.
Le problème est d’accès : la salle n’est atteignable qu’en franchissant une fissure verticale de dix-huit centimètres de large sur douze mètres de dénivelé. Lee Berger recrute par annonce six spéléologues archéologues, toutes de corpulence menue, qui deviendront les « astronautes du sous-sol ». Elles fouillent en direct, guidées par une équipe restée en surface.
La campagne livre plus de 1 500 fossiles appartenant à au moins quinze individus, de tous âges. C’est l’un des plus riches ensembles humains d’Afrique.
Les fossiles de référence
La chambre des Dinaledi a livré l’essentiel : des crânes partiels, dont ceux dits DH1 à DH5, des mandibules, des dizaines de vertèbres, des mains et des pieds presque complets.
Neo, découvert dans une salle voisine et publié en 2017, est le squelette le plus complet : crâne, mandibule, colonne, bassin, membres; d’une conservation remarquable pour un fossile qui n’a jamais été enfoui dans un sédiment protecteur.
Une seconde chambre, dite Lesedi, a fourni trois individus supplémentaires. Elle est, elle aussi, difficile d’accès et dépourvue de restes animaux.
Un point mérite d’être souligné : la fouille de Rising Star a été conduite en science ouverte. Les scans des fossiles ont été mis en ligne gratuitement dès la publication, pratique alors inhabituelle en paléoanthropologie, où les originaux restent souvent inaccessibles pendant des décennies.
Anatomie et morphologie
La capacité crânienne va de 465 à 610 cm³, celle d’un australopithèque, un tiers de la nôtre. La taille avoisine 1,44 m pour environ 40 kg.
Le squelette est une mosaïque. Les pieds sont presque indiscernables des nôtres, faits pour la marche. Les jambes aussi. La main possède un pouce long et un poignet moderne, capables d’une prise de précision, mais les doigts sont très courbes, plus que chez presque tout autre hominine, ce qui indique une pratique régulière de la grimpe.
Les épaules sont orientées vers le haut, le thorax évasé, le bassin large : des traits archaïques associés à des extrémités modernes.
La datation qui a tout changé
Lors de la publication de 2015, l’âge était inconnu. Tout le monde supposait un fossile ancien (deux millions d’années, peut-être plus) au vu du cerveau.
En 2017, la datation combinée par séries de l’uranium, résonance de spin électronique et luminescence a donné 335 000 à 236 000 ans. Le choc a été considérable.
Cela signifie qu’une espèce au cerveau d’australopithèque vivait encore en Afrique australe alors qu’Homo sapiens apparaissait au Maroc et que Néandertal occupait l’Europe. La taille du cerveau ne suffit donc pas à situer un fossile dans le temps, un présupposé qui avait cours depuis un siècle.
Comment sont-ils arrivés là ?
C’est la question centrale, et elle n’est pas résolue. La chambre des Dinaledi n’a jamais eu d’autre accès. Aucun os d’animal ne s’y trouve, hormis quelques oiseaux et rongeurs. Les os ne portent ni traces de dents ni marques de transport par l’eau. Il n’y a pas de sédiment charrié.
Une chute accidentelle collective, une inondation, l’action d’un carnivore : chaque hypothèse bute sur un fait. Reste le dépôt délibéré des corps, qui expliquerait tout, mais qui suppose que des hominines à petit cerveau aient franchi douze mètres de fissure verticale, dans l’obscurité totale, en portant leurs morts.
Sépultures et gravures : un dossier contesté
En 2023, l’équipe de Lee Berger a annoncé bien davantage : des inhumations volontaires, avec des corps déposés dans des fosses creusées, et des gravures géométriques sur les parois du réseau.
L’accueil de la communauté scientifique a été très critique. Les relecteurs ont jugé que les prétendues fosses n’étaient pas démontrées (un creusement se prouve par la lecture stratigraphique de son remplissage, pas par la position des os) et que les gravures n’étaient pas datées.
Le dossier reste ouvert et les publications se succèdent. En l’état, l’accumulation elle-même demeure un fait remarquable; le geste funéraire, lui, n’est pas établi.
Place dans la lignée
La combinaison de caractères ne correspond à aucune espèce connue. L’hypothèse la plus répandue en fait une lignée détachée très tôt, autour de deux millions d’années, et ayant survécu longtemps en Afrique australe sans évoluer vers un grand cerveau.
Une lignée relique, donc, contemporaine de nos propres origines.
Ce qu’il nous apprend
Naledi défait deux idées reçues d’un coup. La première : l’évolution humaine ne serait pas une marche vers le gros cerveau, plusieurs lignées s’en sont passées et ont duré. La seconde : les capacités techniques ou symboliques ne se déduisent pas d’un volume crânien.
Il rappelle aussi qu’à 300 000 ans, l’Afrique abritait au moins trois formes humaines très différentes. Nous avons l’habitude d’un monde à une seule espèce humaine; c’est une situation historiquement anormale.
Ce qu’il reste à trouver
Des outils associés; on n’en a aucun, et une démonstration stratigraphique convaincante du mode de dépôt. Le réseau de Rising Star continue d’être exploré.
Sites & fossiles majeurs
Rising Star (Afrique du Sud)




