L’enfant de Lapedo, mort il y a environ 28 000 ans au Portugal, est célèbre pour son squelette qui mêle des traits de sapiens et de Néandertal. Une étude parue en mars 2025 dans Science Advances, qui circule de nouveau ces jours-ci, l’a enfin daté avec précision. Elle confirme une partie du rituel funéraire et en écarte une autre.
Une découverte de sauvetage
En novembre 1998, des archéologues venus vérifier un signalement de gravures rupestres repèrent quelques os de main teintés d’ocre dans l’abri de Lagar Velho, dans la vallée de Lapedo, près de Leiria. Le terrassement du terrain par son propriétaire avait déjà détruit plus de trois mètres de dépôts archéologiques. La fouille de sauvetage, menée du 12 décembre 1998 au 8 janvier 1999, dégage le squelette presque complet d’un enfant de quatre à cinq ans, déposé dans une fosse. Ses os sont teints d’ocre sur toutes leurs faces : le corps avait sans doute été enveloppé dans un linceul ocré.
Sapiens ou métis ?
Les découvreurs, dont Cidália Duarte, Erik Trinkaus et João Zilhão, ont décrit une mosaïque de caractères : un menton d’humain moderne, mais des proportions du corps qui rappellent Néandertal. Ils y voyaient la trace d’un mélange entre les deux populations, non pas un enfant de couple mixte, mais l’héritier d’une population déjà métissée, plusieurs millénaires après la disparition des derniers Néandertaliens de la péninsule. L’idée a longtemps été contestée. La génétique a depuis prouvé que les deux humanités se sont croisées, mais aucune analyse d’ADN n’a confirmé le cas de cet enfant : l’hypothèse repose toujours sur l’anatomie.
Quatre échecs, puis une date
Pendant plus de vingt-cinq ans, l’enfant lui-même a résisté au carbone 14 : quatre tentatives ont échoué, car le collagène de ses os était mal conservé et contaminé. Le laboratoire d’Oxford a cette fois daté un seul acide aminé du collagène, l’hydroxyproline, isolé de toute pollution. Résultat : 27 780 à 28 550 ans avant le présent, en pleine culture gravettienne.
L’Europe compte 38 sépultures gravettiennes, et beaucoup restent mal datées : celle de Lapedo l’est désormais avec précision.
Un rituel revu
Les chercheurs ont aussi daté les objets trouvés avec l’enfant. Un jeune lapin, dont les vertèbres reposaient sur ses jambes, est contemporain de la sépulture : l’offrande est confirmée. En revanche, le bassin de cerf posé contre son épaule a le même âge qu’un os de cerf du sédiment voisin : l’idée d’une offrande de viande tombe, même s’il a pu servir de cale pour placer le corps. Quant au charbon sous ses jambes, il est plus ancien d’au moins 150 ans : il était déjà là, et l’hypothèse d’un feu rituel est abandonnée. Reste une inhumation soignée, dans un linceul d’ocre, avec un lapin pour compagnon.



