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Dans la grotte de Shanidar, au Kurdistan irakien, un cinquième Néandertalien vient s’ajouter au célèbre groupe de la « sépulture aux fleurs ». Il y a environ 75 000 ans, cet adulte a reçu dans le dos, à hauteur de l’omoplate, un coup porté selon toute vraisemblance par une lance en bois. Une étude parue le 15 octobre dans Scientific Reports le décrit.

Un cinquième individu au pied de Shanidar Z

Ralph Solecki avait mis au jour en 1960 un groupe serré de Néandertaliens, dont Shanidar 4, la fameuse « sépulture aux fleurs ». Les fouilles reprises en 2015 par une équipe menée depuis Cambridge y ont ajouté trois adultes, dont Shanidar A, dégagé en 2019 et 2022 à une quinzaine de centimètres sous le thorax de Shanidar Z. Le corps a été déposé, s’est décomposé, puis une crue soudaine a dispersé une partie des os. Avec lui, le groupe compte au moins cinq individus, tous datés d’environ 70 000 à 75 000 ans.

L’usure très forte des dents désigne un adulte âgé pour un Néandertalien, autour de 45 ans. Son sexe n’a pas pu être déterminé.

Un trou de 15 millimètres dans l’omoplate

L’omoplate gauche porte une perforation circulaire d’environ 15 millimètres de diamètre. Le microscanner du bloc de sédiment a montré au moins quatre éclats d’os enfoncés sous le trou ; le bord en biseau signale le point de sortie, et des fissures rayonnent autour, comme sur un os encore frais. Ni terrier ni racine n’expliquent la lésion. Pour les auteurs, l’objet a traversé le corps de l’avant vers l’arrière, entré du côté gauche alors que l’individu faisait face à son agresseur ou à l’animal.

La forme ronde du trou compte autant que sa taille. D’après les expériences de tir publiées, une pointe de pierre emmanchée laisse une lésion ovale ou en losange ; une lance en bois à section ronde, un trou circulaire.

Le coup porte « les marques d’un tir destiné à tuer, dirigé vers le cœur », estime Emma Pomeroy, qui a conduit l’étude.

Chasse qui tourne mal ou violence ?

L’article lui-même reste prudent : on ne peut pas savoir si la blessure vient d’un accident de chasse ou d’un affrontement entre humains. Les Néandertaliens, comme les premiers sapiens, portent souvent des traces de traumatismes, la plupart liés à des accidents. Des tests de médecine légale sont en cours pour mesurer quelle force il faut pour produire une telle perforation. C’est le deuxième cas de blessure perforante à Shanidar, après la côte entaillée de Shanidar 3, plus jeune d’environ 25 000 ans.

Une vie déjà marquée, et des soins

Bien avant sa mort, Shanidar A avait subi un choc violent au visage : une incisive fendue dans sa longueur s’est ensuite couverte de tartre jusque sur la cassure, signe qu’il a vécu longtemps après. Mâcher, parler, supporter la douleur ont pu exiger l’aide du groupe. Son corps a ensuite été placé parmi des défunts déposés à peu de distance dans le temps. Enfin, la lésion apporte une preuve indirecte, rare, de lances en bois chez Néandertal, objets qui ne se conservent presque jamais, comme à Clacton ou à Schöningen.