C’est lui qui, le premier, a quitté l’Afrique et parti à la conquête du Vieux Monde. Homo erectus, « l’homme dressé », est peut-être l’espèce la plus prospère de toute notre lignée : elle a duré près de deux millions d’années, bien plus longtemps que Homo sapiens n’existe. Portrait d’un pionnier increvable.

Un corps déjà moderne

Avec ses longues jambes, son bassin étroit et sa cage thoracique en tonneau, Homo erectus était bâti pour la marche et la course d’endurance sur les grands espaces ouverts de la savane. Le « Garçon de Turkana », squelette d’adolescent vieux de 1,5 million d’années découvert au Kenya, aurait dépassé, une fois adulte, 1,80 m. Son cerveau, compris entre 850 et 1 100 cm³, était nettement plus gros que celui des australopithèques, sans encore atteindre le nôtre, mais la marche vers l’encéphalisation était bien engagée.

Le Garçon de Turkana
Le « Garçon de Turkana » (moulage) : un squelette d’Homo erectus quasi complet, vieux de 1,5 million d’années. © ProtoplasmaKid · CC BY-SA 4.0

Le premier grand migrant

Il y a environ 1,8 million d’années, Homo erectus franchit les frontières de l’Afrique. On retrouve ses fossiles à Dmanisi, en Géorgie, aux portes de l’Europe ; à Java, en Indonésie ; en Chine, où l’« homme de Pékin » fut découvert dans les années 1920. Aucune espèce humaine avant lui n’avait couvert un territoire aussi vaste, ni affronté des climats aussi contrastés, de la savane tropicale aux forêts tempérées. Cette formidable capacité d’adaptation est sa véritable signature.

Le feu, une révolution

C’est probablement avec Homo erectus que le feu passe du hasard à la maîtrise, il y a peut-être un million d’années ou davantage. Les conséquences sont immenses. Cuire les aliments les rend plus digestes, plus sûrs et plus énergétiques, un carburant possible pour un cerveau vorace en énergie. Le foyer réchauffe dans le froid, éloigne les prédateurs la nuit, éclaire, et rassemble le groupe le soir venu. Autour des flammes s’invente une nouvelle vie sociale, faite de veillées, de partage et, peut-être, des premiers récits.

Biface acheuléen
Le biface acheuléen, outil emblématique d’Homo erectus : une même forme, maîtrisée pendant plus d’un million d’années. Sussex Archaeological Society · CC BY-SA 2.0

Le biface et la longue durée

Son outil emblématique, le biface acheuléen, traverse plus d’un million d’années presque sans varier de forme. Cette stabilité extraordinaire dit quelque chose de profond : une culture technique solide, apprise par imitation et transmise fidèlement de génération en génération, sur des milliers de kilomètres et des dizaines de milliers de générations. Là où Homo sapiens change de style tous les quelques siècles, Homo erectus a tenu un même modèle une éternité.

Un ancêtre au long cours

De ses populations dérivent probablement, en se diversifiant selon les régions, les lignées qui mèneront à Néandertal en Europe, aux Dénisoviens en Asie et à Homo sapiens en Afrique. Et à Java, des Homo erectus auraient survécu jusqu’à environ 100 000 ans, côtoyant peut-être, au loin, l’aube de notre propre espèce. Increvable jusqu’au bout, le grand voyageur ne s’est éteint qu’après avoir semé, un peu partout, les graines de l’humanité à venir.