Nous avons pris l’habitude d’être la seule espèce humaine sur Terre. Cette solitude nous paraît naturelle. Elle est pourtant une exception récente : longtemps, plusieurs humanités ont coexisté, parfois se sont croisées, et se sont même mêlées.
Une seule humanité aujourd’hui, une exception
Aujourd’hui, Homo sapiens est le seul représentant vivant du genre Homo. Cette situation nous semble aller de soi. À l’échelle de la préhistoire, elle est pourtant tout à fait inhabituelle.
Pendant des millions d’années, la règle fut au contraire la coexistence de plusieurs espèces humaines, comme il existe aujourd’hui plusieurs espèces de grands singes.
Un buisson, pas une ligne
On imagine encore souvent l’évolution humaine comme une marche linéaire, du singe courbé à l’homme debout. Les fossiles racontent tout autre chose : un buisson touffu, aux rameaux multiples, dont beaucoup ont vécu en même temps avant de s’éteindre.
À plusieurs moments du passé, deux, trois espèces humaines ou davantage se sont partagé le monde, chacune adaptée à son milieu.
Les cousins de Sapiens
Il y a environ 50 000 ans, la planète compte encore plusieurs humanités. En Europe et en Asie occidentale vivent les Néandertaliens. En Asie, les mystérieux Dénisoviens, connus surtout par leur ADN. Sur l’île de Florès, le minuscule Homo floresiensis ; aux Philippines, Homo luzonensis, décrit en 2019. En Afrique, Homo naledi a peut-être encore survécu peu avant.
À cette époque, Homo sapiens n’est donc pas seul : il partage la Terre avec plusieurs cousins.
Des rencontres et des métissages
Ces humanités ne se sont pas ignorées. La génétique a montré que sapiens s’est mêlé aux Néandertaliens et aux Dénisoviens : nous portons encore aujourd’hui des fragments de leur ADN. Certaines populations d’Asie et d’Océanie conservent une part dénisovienne notable.
Loin d’être des lignées étanches, ces espèces se sont rencontrées, ont eu des enfants, ont échangé des gènes. Nous sommes, en partie, le produit de ces retrouvailles.
Pourquoi sommes-nous les seuls ?
Reste la question la plus troublante : pourquoi, de toutes ces humanités, ne subsiste-t-il que la nôtre ? Les derniers Néandertaliens s’éteignent voici environ 40 000 ans, Homo floresiensis un peu avant. En quelques dizaines de milliers d’années, sapiens se retrouve seul.
Aucune réponse ne fait consensus. Mais ce constat suffit à changer notre regard : notre solitude n’est pas une évidence éternelle, seulement le dernier chapitre, provisoire, d’une longue histoire à plusieurs voix.