Portrait général
Homo floresiensis mesurait environ 1,06 m et possédait un cerveau de 426 cm³. Il vivait sur l’île de Florès, en Indonésie, et s’est éteint il y a environ 50 000 ans.
Sa découverte, en 2003, a provoqué l’une des controverses les plus vives de la discipline. Le surnom de « hobbit » lui est resté.
Découverte
En septembre 2003, dans la grotte de Liang Bua, une équipe indonésienne et australienne dirigée par Mike Morwood et Radien Soejono met au jour, à six mètres de profondeur, un squelette presque complet.
Les fouilleurs cherchaient les traces du passage d’Homo sapiens vers l’Australie. Ils ont trouvé autre chose. L’espèce est décrite dans Nature en octobre 2004 par Peter Brown.
Les fossiles de référence
LB1, une femelle adulte, est le fossile principal : crâne complet, mandibule, bassin, membres. Il s’agit du seul crâne connu.
Des restes d’au moins douze autres individus (mandibules, dents, os de bras et de jambes) ont été trouvés depuis dans la même grotte.
À Mata Menge, à soixante-dix kilomètres de là, des dents et un fragment de mandibule datés de 700 000 ans appartiennent à des individus encore plus petits. L’insularisation était donc déjà accomplie bien avant Liang Bua.
Anatomie et morphologie
Le crâne est minuscule mais harmonieux, sans les déformations qu’aurait produites une maladie. Il n’y a pas de menton, et le front est fuyant.
Le corps combine des traits inattendus : le poignet présente une architecture d’os primitive, comparable à celle des australopithèques et des grands singes, et non à celle des humains modernes ou de Néandertal. Les pieds sont très longs par rapport aux jambes, avec un gros orteil court. Les épaules sont peu tournées.
Ces caractères ne s’acquièrent pas par une maladie : ils se transmettent. C’est l’argument qui a emporté la conviction de la majorité des spécialistes.
Nain d’île ou malade ?
La contestation a été immédiate et durable. Une partie des chercheurs, autour de Teuku Jacob puis de Robert Martin, a soutenu que LB1 était un Homo sapiens atteint de microcéphalie. D’autres ont proposé le syndrome de Down, le crétinisme endémique par carence en iode, ou le syndrome de Laron.
Chacune de ces hypothèses a été testée et écartée pour la même raison : elles peuvent expliquer un petit crâne, mais pas un poignet d’architecture archaïque, ni un pied de proportions inhabituelles, ni douze individus présentant les mêmes caractères, ni les dents de Mata Menge vieilles de 700 000 ans.
Un individu peut être malade. Une population sur des centaines de milliers d’années, non.
Le nanisme insulaire
Le phénomène est bien connu des biologistes : sur une île, sans grands prédateurs et avec des ressources limitées, les grandes espèces rapetissent et les petites grandissent.
Florès en offre une démonstration complète. L’île a hébergé des éléphants nains du genre Stegodon, hauts d’un mètre cinquante, et des rats géants et des cigognes de plus d’un mètre quatre-vingts. Le nanisme d’un hominine y est cohérent avec tout le reste de la faune.
Mode de vie et environnement
Liang Bua a livré des outils de pierre (éclats, perçoirs, lames) et des os de Stegodon juvéniles portant des traces de découpe et de feu. Malgré leur petit cerveau, ces hominines taillaient, chassaient et faisaient du feu.
Ils partageaient l’île avec des dragons de Komodo, présents à Florès à cette époque, et avec des vautours géants.
Comment on le date
La date initialement publiée, 18 000 ans, a été révisée en 2016 après réexamen de la stratigraphie : le squelette provenait d’une poche sédimentaire plus ancienne que la couche où il semblait reposer.
Les nouvelles datations, par luminescence, séries de l’uranium et radiocarbone, placent l’espèce entre 100 000 et 50 000 ans. Elle disparaît donc à peu près au moment où Homo sapiens arrive dans la région; coïncidence qui invite à la prudence plutôt qu’à la conclusion.
Débats et incertitudes
L’origine reste ouverte. Deux hypothèses : un Homo erectus arrivé de Java et rapetissé sur place, ou un hominine plus archaïque, de type habilis, sorti d’Afrique bien plus tôt qu’on ne le pense. Les caractères du poignet et du pied plaident plutôt pour la seconde, ce qui obligerait à réécrire la chronologie des sorties d’Afrique.
Aucun ADN n’a pu être extrait : le climat tropical le détruit.
Ce qu’il nous apprend
Floresiensis a coûté cher aux idées reçues. Un cerveau de 426 cm³ suffisait à tailler des outils, à chasser, à faire du feu et à survivre cent mille ans sur une île peuplée de dragons de Komodo. Le rapport supposé entre volume crânien et capacité technique s’en trouve considérablement affaibli.
Il rappelle aussi que l’évolution humaine ne va pas dans une direction unique. Les corps rapetissent quand l’environnement l’impose, les cerveaux aussi. Il n’y a pas de sens obligatoire.
Enfin, il a montré comment fonctionne la controverse scientifique. L’hypothèse de la maladie n’était pas absurde; elle a été prise au sérieux, testée pendant plus de dix ans, et écartée par accumulation de données. C’est ainsi qu’un fait s’établit, lentement, contre des objections.
Ce qu’il reste à trouver
D’autres crânes : il n’y en a qu’un, et surtout du matériel entre 700 000 et 100 000 ans, pour relier Mata Menge à Liang Bua.
Sites & fossiles majeurs
Liang Bua (Flores)






