Des protéines extraites de deux os de Xujiayao, dans le nord de la Chine, les rattachent aux Dénisoviens. Du coup, toute une série de crânes chinois longtemps restés sans étiquette rejoint la même lignée, et ce cousin connu surtout par son ADN prend forme.
Depuis 2010, les Dénisoviens sont une population humaine identifiée par la génétique bien plus que par les os : un fragment de phalange dans une grotte de l’Altaï, quelques dents, une mandibule au Tibet, une autre repêchée au large de Taïwan, puis le crâne de Harbin rattaché à eux en 2025. Une étude publiée le 21 octobre dans Nature par l’équipe de Qiaomei Fu (Institut de paléontologie des vertébrés et de paléoanthropologie, Pékin) ajoute une pièce maîtresse : l’ensemble de Xujiayao.
Un gisement connu depuis cinquante ans
Fouillé entre 1976 et 1979 dans le bassin de Nihewan, Xujiayao a livré vingt fossiles humains (fragments de crâne, mandibules, dents), avec des outils et une abondante faune, dans des couches datées d’environ 199 000 à 138 000 ans. Ces restes ont successivement été classés parmi les Néandertaliens, les sapiens archaïques, puis érigés en espèce à part, Homo juluensis, en raison d’une capacité crânienne exceptionnelle d’environ 1 700 cm³.
Une seule lettre dans le collagène
Les chercheurs ont extrait des protéines d’un pariétal droit et d’une mandibule. Après élimination des contaminations modernes, il reste dix-huit protéines authentiquement anciennes. L’une d’elles, le collagène de type I, porte en position 996 une lysine là où Néandertaliens et humains actuels ont une arginine. Cette variante se retrouve chez tous les Dénisoviens identifiés à ce jour (Denisova, Xiahe, Penghu, Harbin). Elle apparaît dans plus d’une centaine de fragments de protéines des deux os.
« Nous commençons enfin à mettre un visage sur les Dénisoviens. » Sally Wasef, paléogénéticienne, citée par Nature
Le portrait-robot d’une lignée
Une fois Xujiayao classé, l’équipe l’a comparé aux autres crânes chinois de la même époque. Jinniushan, Dali et Hualongdong partagent avec Xujiayao et Harbin un ensemble de caractères qui les placent, selon les auteurs, dans la même lignée. Le portrait qui en sort mêle l’ancien et le nouveau : une voûte épaisse comme chez Homo erectus (7,7 mm au bregma), un os temporal très arqué comme chez l’humain moderne, une oreille interne et une fossette à l’arrière du crâne qu’on retrouve chez les derniers Néandertaliens. En propre, les Dénisoviens auraient un crâne bas aux parois presque parallèles, un bourrelet sus-orbitaire massif, des pommettes plates et une face peu projetée vers l’avant.
Ce que l’étude ne tranche pas
Les protéines sont moins bavardes que l’ADN. Une seule variante distingue ici les Dénisoviens, ce qui suffit à rattacher Xujiayao à la lignée mais pas à dire comment ses membres s’apparentaient entre eux : à l’intérieur du groupe, l’arbre reste indécis. Seuls deux os ont été analysés ; l’appartenance de Jinniushan, Dali ou Hualongdong repose sur la morphologie, pas sur des molécules. L’étude fragilise enfin le statut d’Homo juluensis, qui se fond désormais dans les Dénisoviens. Pour le paléoanthropologue Fabrice Demeter (Université de Copenhague), elle constitue néanmoins « un pas majeur » pour savoir à quoi ressemblaient ces humains et où ils vivaient.





