Un monde qui a changé

Le grand froid est fini. Là où mes aïeux traquaient le renne sur la steppe, s’étend désormais une forêt dense de chênes et de noisetiers. Le gibier a changé : cerf, sanglier, chevreuil, plus solitaires, plus rapides. Alors j’ai changé, moi aussi.

Petites armes, grande efficacité

Mon arme, c’est l’arc. Mes flèches sont armées de microlithes : de minuscules éclats de silex géométriques, emmanchés en série, qui font des pointes et des barbelures redoutables. Léger, mobile, je me déplace au fil des saisons. Sur la rivière, ma pirogue creusée dans un tronc me mène aux bons coins de pêche ; je ramasse aussi coquillages, plantes, œufs et miel.

Microlithes
Microlithes mésolithiques, Birmingham Museums Trust, Peter Reavill, 2006-, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons
Homo sapiens
Homo sapiens Jonathan Chen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le seuil d’un autre monde

On dit parfois de mon époque qu’elle est une simple transition. Pourtant, j’invente une manière neuve de vivre le monde d’après. Bientôt, très loin à l’est, des hommes commenceront à semer et à garder des bêtes. Cette révolution-là finira par arriver jusqu’à moi, mais c’est déjà une autre histoire.

Au fil de l’eau

Le pêcheur mésolithique connaît sa rivière comme sa poche. Il pose des nasses tressées, tend des filets lestés, guette le poisson à l’épieu, relève ses lignes garnies d’hameçons d’os. La barque de peau ou le radeau lui ouvrent les eaux plus profondes, où abondent brochets et anguilles.

Le monde d’après les glaces

Nous sommes après la fin de la dernière glaciation : les forêts ont reconquis l’Europe, le gibier a changé, les rivières et les côtes regorgent de ressources. Le Mésolithique est le temps de ces chasseurs-pêcheurs-cueilleurs qui exploitent avec finesse un monde plus tempéré et plus vert.

Ce que nous savons vraiment

Les amas coquilliers et les nécropoles comme Téviec, en Bretagne, témoignent de ces populations tournées vers l’eau. Harpons, hameçons et arêtes retrouvés sur les sites confirment l’importance de la pêche il y a environ 8 000 ans — une vie souvent plus stable et plus riche qu’on ne l’a longtemps cru.