
Portrait
Le renne est un cervidé de taille moyenne (1,20 mètre au garrot, 90 à 180 kilos) au corps compact et au pelage dense, formé de poils creux qui emprisonnent l’air et flottent. Ses sabots sont larges, arrondis, très écartés : de véritables raquettes qui portent sur la neige et servent de pagaies à la nage.
C’est le seul cervidé dont les femelles portent des bois. Elles les conservent tout l’hiver, quand les mâles ont perdu les leurs; un avantage décisif pour défendre un trou de pâture creusé dans la neige alors qu’elles sont gestantes.
Une machine à traverser l’hiver
Son nez réchauffe l’air inspiré et récupère l’eau de l’air expiré. Ses yeux changent de couleur avec la saison : le tapetum lucidum, cette membrane réfléchissante au fond de l’œil, passe de l’or en été au bleu profond en hiver, ce qui multiplie la sensibilité à la lumière rasante de la nuit polaire.
Il voit aussi dans l’ultraviolet, ce que nous ne faisons pas : dans un paysage entièrement blanc, l’urine, la fourrure du loup et le lichen absorbent l’UV et ressortent en noir.
Mode de vie
Il migre, parfois sur plus de mille kilomètres entre pâtures d’été et d’hiver, la plus longue migration terrestre connue. Il broute lichens, herbes et bourgeons, et son estomac abrite une flore capable de digérer la cellulose du lichen, que presque aucun autre mammifère n’exploite.

L’animal du Paléolithique européen
Pendant les phases froides, le renne descend jusqu’au sud-ouest de la France. Il devient alors la ressource centrale de sociétés entières : à certains gisements magdaléniens, il représente plus de 90 % des restes de faune. On a parlé pour cette période d’un « âge du renne ».
Tout servait : la viande, la peau pour les vêtements cousus, les tendons pour le fil, la ramure pour les harpons, les sagaies et les propulseurs, l’os pour les aiguilles. Les campements suivaient les hardes; c’est le rythme de la migration qui organisait l’année.
Ce que ses bois racontent
Les bois de renne tombent et repoussent chaque année, à des dates différentes selon le sexe et l’âge : les mâles adultes les perdent en décembre, les jeunes mâles en avril, les femelles après la mise bas, en mai ou juin.
Pour l’archéologue, c’est un calendrier. Une ramure encore soudée au crâne dit un animal abattu; une ramure ramassée au sol dit une collecte hors chasse. Et la saison de mort se lit dans les dents, sur les stries de croissance du cément, ce qui permet de savoir à quel moment de l’année un campement était occupé, et donc si un groupe restait sur place ou suivait les hardes.
Dans l’art
Il est gravé, peint, sculpté. La pièce la plus célèbre est le propulseur dit du bison se léchant, taillé dans un bois de renne à l’abri de La Madeleine, et les rennes affrontés de la grotte de Font-de-Gaume, dont l’un s’incline vers l’autre agenouillé; l’une des rares scènes de tendresse animale du Paléolithique.
Aujourd’hui
Il n’a pas disparu : il a reculé vers le nord avec le froid. Il vit toujours en Scandinavie, en Sibérie et en Amérique du Nord, où on l’appelle caribou, et où il est semi-domestiqué par les peuples éleveurs depuis des siècles.
Les populations sauvages déclinent aujourd’hui rapidement, sous l’effet du réchauffement : les redoux hivernaux forment une croûte de glace sur la neige, que les sabots ne parviennent plus à percer pour atteindre le lichen.





