Sans allumette ni briquet, allumer un feu était tout un art. Les préhistoriens retiennent deux grandes familles de techniques : la percussion (arracher des étincelles à un minéral) et la friction (échauffer le bois par frottement). Mais attention : produire le feu et le garder sont deux savoir-faire distincts, et le second est sans doute le plus ancien.

La percussion : silex + pyrite

La méthode consiste à frapper un morceau de silex contre de la pyrite (ou marcassite), un minéral riche en fer, et non deux silex l’un contre l’autre, qui ne donnent que des étincelles trop froides. Le choc arrache de minuscules particules de fer incandescentes qu’on fait tomber sur un matériau très sec pour créer une braise. Ces véritables « briquets » préhistoriques, associant pyrite et amadou, sont surtout bien documentés au Paléolithique supérieur ; pour les périodes plus anciennes, on retrouve bien des foyers, mais la manière exacte dont le feu y était allumé nous échappe souvent.

La friction : le bois sur le bois

L’autre grande technique repose sur la chaleur produite par le frottement. En faisant tourner rapidement un bâton (une « drille ») contre une planchette de bois tendre, souvent à l’aide d’un archet, on obtient une fine poussière brûlante qui finit par former une braise. C’est efficace, mais cela demande de l’entraînement, un geste régulier et un bois bien sec. Le bois se conservant très mal, ces dispositifs n’ont laissé quasiment aucune trace archéologique : on les connaît surtout par l’ethnographie et l’expérimentation.

L’amadou : le secret de l’allumage

Une étincelle ne suffit pas : il faut un matériau qui s’embrase au moindre contact. C’est le rôle de l’amadou, des matières très sèches et fibreuses comme certains champignons (l’amadouvier, qui pousse sur les troncs), l’écorce, la mousse ou les herbes séchées. Une fois la braise obtenue, on la dépose dans un « nid » d’amadou qu’on souffle doucement jusqu’à la flamme.

Entretenir et transporter le feu

Parce que l’allumage était long et incertain, entretenir le feu en permanence était souvent plus simple que de le rallumer. On nourrissait le foyer de bois choisis et l’on transportait des braises d’un campement à l’autre, à l’abri dans un contenant. Le foyer devenait un bien précieux, veillé jour et nuit, au cœur de la vie du groupe.

Depuis quand ? Bien avant Néandertal

C’est l’idée reçue la plus répandue : la maîtrise du feu n’a pas commencé avec les Néandertaliens, elle leur est très antérieure. Les plus anciennes traces de feu associées à des hominines remontent à près d’un million d’années (grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud), à une époque où c’est Homo erectus qui occupe le terrain ; bien avant l’apparition de Néandertal.

Les chercheurs distinguent toutefois l’usage occasionnel du feu, sans doute très ancien, de sa maîtrise habituelle, savoir l’allumer, l’entretenir et le déplacer à volonté, qui ne devient nettement lisible dans les archives qu’autour de 400 000 à 300 000 ans, en Afrique comme en Eurasie.

Les Néandertaliens (env. 400 000 à 40 000 ans) héritent donc d’un savoir déjà ancien, qu’ils maîtrisent parfaitement : ils chauffent même l’écorce de bouleau pour en tirer une colle (la poix) et emmancher solidement leurs outils. La technique de percussion au silex, elle, a ensuite traversé les millénaires jusqu’aux briquets à pierre d’hier.

Pour aller plus loin : nos dossiers La conquête du feu et les outils de la préhistoire.