Nucléus préparé selon une méthode élaborée qui permet de prédéterminer la forme de l'éclat obtenu d'un seul coup. Cette technique témoigne d'une planification poussée chez les Néandertaliens et leurs contemporains.
Nucléus Levallois
Un nucléus Levallois se reconnaît à sa forme caractéristique, souvent comparée à une carapace de tortue : une face supérieure légèrement bombée, couverte d’enlèvements qui convergent vers le centre, et une face inférieure plus convexe. Ce n’est pas un outil, mais le bloc de matière d’où l’on a tiré les outils.
Sa préparation suit un ordre précis. Le tailleur aménage d’abord les bords et l’extrémité du bloc pour créer des convexités qui guideront l’onde de choc. Il prépare ensuite un plan de frappe soigneusement facetté. Un coup unique, bien placé, détache alors un éclat dont la forme a été décidée à l’avance. Le nucléus peut être réaménagé pour produire un nouvel éclat, jusqu’à devenir trop petit et être abandonné.
Pour comprendre ces étapes, les préhistoriens pratiquent les remontages : ils recollent un à un les éclats retrouvés sur un site autour de leur nucléus, comme un puzzle en trois dimensions. Ce travail minutieux permet de suivre la succession des gestes d’un tailleur et de reconstituer sa « chaîne opératoire ». L’archéologie expérimentale complète ces observations.
Ces nucléus abondent dans les sites du Paléolithique moyen d’Europe, d’Afrique et d’Asie occidentale. Leur fabrication suppose d’imaginer un résultat avant de commencer, de maîtriser la qualité de la roche et de corriger ses erreurs en cours de route. Pour beaucoup de chercheurs, c’est l’un des indices les plus parlants des capacités cognitives de l’Homme de Néandertal et des premiers Homo sapiens. Voir aussi notre dossier sur l’industrie moustérienne.