C’est la star de la préhistoire. En bref : Lucy est un squelette d’australopithèque (Australopithecus afarensis) vieux de 3,2 millions d’années, découvert en 1974 en Éthiopie. Elle est célèbre parce qu’elle était exceptionnellement complète, et parce qu’elle a prouvé que nos ancêtres marchaient debout bien avant d’avoir un gros cerveau.

La découverte de 1974

Le 24 novembre 1974, dans le désert de l’Afar, en Éthiopie, Donald Johanson et son étudiant Tom Gray repèrent un fragment de coude qui affleure dans un ravin. En quelques semaines, l’équipe récolte plusieurs centaines de fragments appartenant à un même individu, soit environ 40 % d’un squelette. Le soir, au campement, une chanson des Beatles passe en boucle : « Lucy in the Sky with Diamonds ». Le fossile a trouvé son nom.

Le numéro d’inventaire, lui, est plus austère : AL 288-1. En Éthiopie, on l’appelle Dinkinesh, « tu es merveilleuse » en amharique.

Un squelette exceptionnel

Quarante pour cent peut sembler peu. C’est en réalité considérable : à cette ancienneté, on ne dispose d’ordinaire que de dents isolées ou de fragments de mâchoire. Avoir en même temps le bassin, le fémur, des côtes, des vertèbres et une partie du crâne du même individu change tout ; on peut enfin calculer des proportions, et non plus les deviner.

La silhouette obtenue : une femelle adulte d’à peine 1,10 m, pesant une trentaine de kilos, à la cage thoracique évasée et aux bras longs. Adulte, car ses dents de sagesse étaient sorties et ses os soudés ; femelle, d’après la forme du bassin ; deux points aujourd’hui encore discutés à la marge.

Debout, mais pas comme nous

Son bassin court et large, l’angle de son fémur qui ramène le genou sous le corps, la forme de son articulation du genou : tout indique que Lucy marchait debout. Les empreintes de Laetoli, en Tanzanie, laissées 400 000 ans plus tôt par la même espèce, l’ont confirmé de façon spectaculaire.

Mais ses bras restent longs, ses doigts et ses orteils légèrement courbes, ses omoplates orientées vers le haut comme chez les grimpeurs. Lucy vivait donc à cheval entre le sol et les branches, sans doute pour dormir à l’abri des prédateurs. Une fracture de son humérus, survenue peu avant sa mort, a même conduit certains chercheurs à proposer qu’elle soit tombée d’un arbre ; l’hypothèse est contestée.

Pourquoi elle a tout changé

Lucy a renversé une idée reçue tenace. On croyait que le gros cerveau était venu en premier, et que l’intelligence avait ensuite libéré les mains et redressé le corps. Or Lucy, avec un cerveau d’environ 400 cm³, à peine plus gros que celui d’un chimpanzé, trois fois plus petit que le nôtre, marchait déjà debout depuis longtemps.

La bipédie précède donc l’encéphalisation, de plusieurs millions d’années. C’est l’un des renversements les plus nets de l’histoire de la paléoanthropologie, et il a discrédité du même coup les reconstitutions qui faisaient de l’homme un singe devenu intelligent puis redressé.

Lucy aujourd’hui : détrônée, jamais remplacée

Cinquante ans après, Lucy n’est plus le plus ancien hominine connu ; Ardipithecus ramidus (4,4 millions d’années), Orrorin (6 millions) et Sahelanthropus alias Toumaï (7 millions) l’ont largement dépassée. Elle n’est même plus le squelette le plus complet de son espèce : « Selam », une petite fille de trois ans découverte en 2000 à quelques kilomètres de là, la surpasse.

Elle reste pourtant l’ambassadrice de nos origines, pour une raison simple : elle a été la première à donner un corps entier à une question jusque-là abstraite. On ne se souvient pas d’une dent ; on se souvient d’une silhouette.

Pour tout savoir : notre dossier Lucy et les australopithèques.