C’est de très loin la plus longue période de notre histoire. En bref : la préhistoire s’étend sur près de 3 millions d’années, depuis les premiers outils de pierre jusqu’à l’invention de l’écriture, soit plus de 99 % du temps qu’a duré l’aventure humaine.
Quand commence la préhistoire ?
Traditionnellement, on la fait débuter avec les premiers outils taillés. La borne a reculé : longtemps fixée à 2,6 millions d’années avec l’Oldowayen de la gorge d’Olduvai, elle a été repoussée en 2015 par le site de Lomekwi, au Kenya, où des éclats et des percuteurs ont été datés de 3,3 millions d’années, soit avant l’apparition du genre Homo.
D’autres préfèrent la faire commencer avec ce genre Homo lui-même, il y a environ 2,8 millions d’années. Au sens le plus large, on peut remonter aux premiers hominines bipèdes, comme Toumaï, il y a 7 millions d’années. Le choix de la borne n’est donc pas un fait : c’est une convention, et elle dépend de ce qu’on estime déterminant, l’outil, le genre, ou la station debout.
Quand se termine-t-elle ?
La préhistoire s’achève avec l’invention de l’écriture, vers 3300 av. J.-C. en Mésopotamie : par définition, l’Histoire est l’histoire écrite. Mais cette borne se déplace selon les régions. En Gaule, la préhistoire ne s’achève qu’avec l’arrivée des Romains ; en Scandinavie, plus tard encore ; en Australie et dans une partie de l’Amazonie, au contact des Européens, il y a quelques siècles à peine.
Autrement dit, la préhistoire n’est pas une époque mais un état documentaire : celui d’une société qui ne nous a pas laissé de textes. Deux peuples contemporains peuvent être l’un dans l’Histoire et l’autre dans la préhistoire, ce qui explique la préférence croissante des chercheurs pour le mot « protohistoire » dans les zones de contact.
Une durée vertigineuse
Trois millions d’années contre cinq mille ans d’Histoire : le rapport est de six cents pour un. Pour rendre l’échelle sensible, ramenons toute l’aventure humaine à une journée de vingt-quatre heures. Les premiers outils apparaissent à minuit. Le feu maîtrisé vers 16 h. Homo sapiens vers 22 h 15. Lascaux à 23 h 50. L’agriculture à 23 h 55. Et toute l’Histoire écrite, pyramides, Rome, Moyen Âge, Renaissance, révolution industrielle, aujourd’hui, tient dans les trois dernières minutes.
Les grandes périodes
Le découpage classique en France distingue le Paléolithique (l’âge de la pierre taillée, l’immense majorité de la durée, lui-même divisé en inférieur, moyen et supérieur), le Mésolithique (après la glaciation, vers 10 000-6 000 av. J.-C.), le Néolithique (agriculture, élevage, pierre polie, céramique), puis les âges des métaux, cuivre, bronze, fer.
Ces étiquettes viennent du XIXe siècle et reposent sur la technique. Elles restent commodes, mais elles trompent si on les prend pour des marches d’escalier : le Néolithique n’arrive pas partout au même moment, et certaines régions passent directement de la chasse-cueillette à l’âge du fer.
Pourquoi « pré »-histoire ?
Le mot a été forgé au XIXe siècle, à un moment où l’on découvrait avec stupeur que l’humanité était bien plus ancienne que les six mille ans de la chronologie biblique. Il porte encore la trace de ce moment : ce « pré » sous-entend une antichambre, un avant de l’histoire véritable.
C’est une injustice de vocabulaire. Sur ces trois millions d’années se sont joués l’outil, le feu, le langage, la sépulture, l’art, la navigation, la domestication : à peu près tout ce qui nous constitue. L’Histoire écrite n’en est pas la suite logique ; elle en est une conséquence tardive.
Pour aller plus loin : notre chronologie interactive et le dossier Outils : de l’Oldowayen au Levallois.