La steppe au petit matin

Je suis une femme de mon temps, le Gravettien, et rien de ce que vous imaginez d’une « femme des cavernes » n’est vrai. Je chasse. Sur la steppe glacée où paissent mammouths, chevaux et rennes, je lance ma sagaie à l’aide d’un propulseur : ce petit levier de bois de renne décuple la force et la portée de mon tir. Le gibier abattu nourrit, habille et abrite : de ses os, nous montons nos tentes ; de ses peaux, nos vêtements cousus à l’aiguille.

Dame de Brassempouy
La Dame de Brassempouy, art mobilier gravettien, J.-G. Berizzi · Domaine public

Les mains dans l’ivoire

Quand la chasse s’apaise, je sculpte. Dans une défense de mammouth, je façonne une petite figure féminine aux formes pleines : une « Vénus », comme celles de Brassempouy ou de Lespugue. Que signifie-t-elle ? Fécondité, protection, portrait, prière ? Même vos savants en débattent. Pour moi, elle tient dans la main et porte un sens que je ne vous dirai pas.

Homo sapiens
Homo sapiens Jonathan Chen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un peuple d’artistes et de voyageurs

Nous parcourons de vastes territoires, nous échangeons coquillages et silex sur des centaines de kilomètres, nous enterrons nos morts avec des parures. La vie est courte et rude, mais elle est dense, sociale, symbolique. Je suis Homo sapiens, et je façonne déjà le monde à mon image.

Sur la piste du gibier

Lance en main, la chasseuse gravettienne piste mammouths, chevaux et rennes à travers la steppe froide. La chasse est affaire de patience et de coopération : on rabat le gibier, on tend des embuscades aux passages obligés, on abat la bête à la sagaie propulsée avec force.

Une vie de steppe

Le Gravettien est le temps des grands chasseurs de la steppe glaciaire, mais aussi celui des Vénus sculptées et des sépultures richement parées. La chasseuse participe pleinement à cette culture : rien ne dit que les femmes en étaient exclues, et plusieurs indices suggèrent le contraire.

Ce que nous savons vraiment

Longtemps, on a imaginé la chasse strictement masculine. Mais des sépultures de femmes accompagnées d’armes, sur plusieurs continents, ont rouvert le débat. Le Gravettien, il y a environ 28 000 ans, nous rappelle que les rôles des femmes préhistoriques furent sans doute bien plus variés que le cliché ne le laisse croire.