Aiguille à chas

Fine aiguille en os percée d'un trou, ou chas, permettant de coudre des peaux avec un fil de tendon. Son apparition au Paléolithique supérieur témoigne de la confection de vêtements ajustés.

Fabriquer une aiguille à chas demande une longue chaîne de gestes. Le tailleur incise d’abord deux rainures parallèles au burin de silex dans un os ou un bois de renne, puis extrait la fine baguette ainsi découpée. Il l’amincit et l’arrondit par abrasion sur une pierre de grès, appointe une extrémité et perce enfin le chas avec un perçoir en silex, en tournant patiemment depuis les deux faces. Les fouilles ont livré toutes les étapes de ce travail, des baguettes ébauchées aux aiguilles cassées au niveau du chas, leur point faible.

En Europe occidentale, l’aiguille à chas apparaît au Solutréen, il y a un peu plus de 20 000 ans, puis devient très courante au Magdalénien. Des exemplaires plus anciens sont connus en Sibérie et en Chine, ce qui montre que l’invention n’a pas eu un seul berceau. Certaines aiguilles magdaléniennes sont si fines qu’elles rivalisent avec nos aiguilles d’acier.

Pour les préhistoriens, cet objet minuscule est un indice précieux. Coudre avec précision permet d’assembler des vêtements ajustés, des bottes et des capuches, bien plus protecteurs qu’une peau simplement drapée. En plein froid glaciaire, c’est un avantage décisif. Le fil lui-même ne s’est pas conservé : on pense à des tendons séchés et effilés, à des lanières très fines ou à des fibres végétales. Les plus petites aiguilles ont pu servir aussi à broder des perles sur les habits, comme le suggèrent certaines sépultures richement parées. Pour en savoir plus, lisez notre dossier sur l’art de se vêtir de peaux et de fourrures.

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