Chaînon manquant

Expression populaire, aujourd'hui jugée trompeuse par les scientifiques, désignant une forme fossile intermédiaire supposée relier l'homme à ses ancêtres. L'évolution humaine forme en réalité un buisson ramifié plutôt qu'une chaîne linéaire.

L’idée de chaînon manquant naît au XIXᵉ siècle, dans le sillage des travaux de Darwin. On se représentait alors l’évolution comme une échelle allant du singe à l’homme, et il semblait logique de chercher l’échelon intermédiaire. Le médecin néerlandais Eugène Dubois partit tout exprès en Indonésie et découvrit à Java, en 1891, une calotte crânienne et un fémur qu’il nomma Pithecanthropus erectus, aujourd’hui rattaché à Homo erectus. Il raconte cette quête dans notre dossier « Je suis parti chercher le chaînon manquant ».

La recherche du chaînon manquant a aussi produit l’une des plus célèbres impostures de la science : l’homme de Piltdown, présenté en Angleterre en 1912, assemblage d’un crâne humain et d’une mâchoire d’orang-outan maquillés. La supercherie ne fut démasquée qu’en 1953. Elle avait séduit parce qu’elle correspondait exactement à ce que l’on attendait.

Si les scientifiques rejettent aujourd’hui l’expression, ce n’est pas faute de fossiles intermédiaires : il en existe beaucoup, comme Lucy, qui marchait debout avec un petit cerveau. C’est que l’image d’une chaîne est fausse. Plusieurs espèces humaines ont vécu en même temps, beaucoup se sont éteintes sans descendance, et les traits « modernes » sont apparus séparément, en mosaïque, plutôt qu’en bloc. Il n’y a donc pas un maillon unique à trouver, mais un buisson aux branches multiples, où chaque fossile éclaire une petite partie de l’histoire. Les médias emploient pourtant encore volontiers la formule à chaque grande découverte.

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