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Plus haut qu’un éléphant d’Afrique ? Pas vraiment. Des bois plus larges qu’une voiture ? Presque. Placés à côté d’un humain de 1,75 m, les trois géants les plus célèbres de l’âge glaciaire européen retrouvent leurs vraies proportions, souvent loin de l’image que l’on s’en fait.

Le mammouth laineux, la taille d’un éléphant d’Afrique

On imagine volontiers le mammouth laineux comme un colosse hors norme. Les mesures disent autre chose. En 2016, le chercheur Asier Larramendi a recalculé la stature de dizaines d’espèces d’éléphants fossiles à partir de squelettes complets. Un mâle adulte de la forme européenne mesurait en moyenne 3,15 m au garrot pour environ 6 tonnes, soit à peu près la carrure d’un éléphant de savane actuel, que la même étude place à 3,20 m. En Sibérie, les mammouths étaient plus petits encore, autour de 2,80 m.

Un humain de taille moyenne lui arrive donc un peu au-dessus du coude. Ce qui impressionnait les chasseurs, c’était moins la hauteur que la masse, la toison et les défenses recourbées. Les derniers mammouths ont survécu sur l’île Wrangel, au large de la Sibérie, jusqu’il y a environ 4 000 ans.

Le mégacéros, des bois hors de toute proportion

Le mégacéros, ou « cerf géant », n’était pas beaucoup plus grand qu’un élan : environ 2,10 m au garrot pour les mâles. Sa démesure était ailleurs. Ses bois, les plus grands connus chez un cervidé, pouvaient atteindre 3,60 m d’une pointe à l’autre, et l’animal les perdait puis les refaisait chaque année. Tête dressée, un grand mâle culminait ainsi à plus de trois mètres.

Il a aussi survécu plus longtemps qu’on ne l’a longtemps cru. Les datations réunies par Anthony Stuart et Adrian Lister montrent qu’il vivait encore il y a environ 7 700 ans dans l’Oural et en Sibérie occidentale, bien après la fin de la dernière glaciation. Les artistes du Paléolithique l’ont peint, notamment dans la grotte de Cougnac, dans le Lot.

Un homme de 1,75 m arrive au coude d’un mammouth, au poitrail d’un mégacéros, et dépasse un ours des cavernes à quatre pattes.

L’ours des cavernes, massif plutôt que géant

L’ours des cavernes est celui dont la taille a le plus été exagérée. On lit parfois qu’il pesait une tonne. L’étude de ses os longs par le paléontologue Per Christiansen ramène les grands mâles à 400 ou 500 kg, les femelles à moins de 250 kg : un gabarit comparable aux plus gros ours bruns actuels. À quatre pattes, il mesurait environ 1,30 m au garrot, mais pouvait approcher les trois mètres dressé sur ses pattes arrière.

Ce géant trapu se nourrissait surtout de végétaux, comme le montrent les isotopes de ses os, et passait l’hiver dans les grottes, où des milliers de squelettes ont été retrouvés. Il disparaît d’Europe il y a environ 28 000 ans, bien avant le mammouth et le mégacéros.

Pourquoi l’échelle compte

Ces comparaisons ne servent pas qu’à frapper l’imagination. Elles disent ce que représentait une chasse, combien de viande et d’os un animal fournissait, et pourquoi des campements entiers, comme celui de Mezhyrich en Ukraine, ont pu bâtir leurs huttes avec des os de mammouth. Elles rappellent aussi que les chiffres spectaculaires qui circulent viennent souvent d’un individu exceptionnel, ou d’une estimation ancienne que les études récentes ont corrigée.

Les hauteurs de l’illustration sont celles de mâles adultes de taille moyenne, telles que les donnent les études citées. Un grand individu pouvait les dépasser de 10 à 20 %, une femelle rester nettement en dessous.