Vingt génomes tirés d’ossements en miettes de l’Altaï décrivent le « yak X », une lignée séparée des yaks actuels depuis au moins 400 000 ans. Elle a décliné puis disparu sans laisser de squelette identifiable, en côtoyant le bison des steppes et l’aurochs sans jamais se mêler à eux.

La grotte de Denisova, dans l’Altaï russe, est célèbre pour ses humains : c’est là qu’ont été identifiés les Dénisoviens, à partir d’un fragment de doigt. Ses couches contiennent aussi des dizaines de milliers d’éclats d’os d’animaux trop petits pour être reconnus à l’œil. C’est dans ce rebut que se cachait un bovin inconnu.

Un animal repéré dans les miettes

Une première étude, parue en 2025, avait trié ces fragments par l’analyse rapide de leur collagène, puis lu leur ADN mitochondrial. Parmi les bovins apparaissait une lignée distincte des yaks sauvages et domestiques d’aujourd’hui, baptisée « yak X ». Restait à savoir s’il s’agissait d’une simple variante ou d’autre chose.

Vingt génomes sur deux cent mille ans

L’équipe de Jonas Oppenheimer et Love Dalén, avec notamment Beth Shapiro et Katerina Douka, publie dans Current Biology vingt génomes nucléaires de yak X, issus de Denisova et d’autres sites d’Asie moyenne. Ils couvrent plus de 200 000 ans, du Pléistocène moyen au Pléistocène supérieur. D’après les auteurs, la lignée a commencé à se séparer des yaks actuels il y a au moins 400 000 ans. Sa population décline au fil du temps et semble se renouveler, en perdant de la diversité génétique, autour du dernier interglaciaire, entre environ 130 000 et 115 000 ans.

Yak X était une espèce distincte, dont la disparition est peut-être passée inaperçue lors des extinctions de la mégafaune de la fin du Quaternaire.

Voisins, mais jamais mêlés

Le point le plus frappant tient à ce qui manque. Le yak X a vécu aux mêmes époques et dans les mêmes régions que le bison des steppes et l’aurochs, sans trace notable d’échanges génétiques avec eux. Le contraste est net avec les humains de la même grotte : Néandertaliens, Dénisoviens et Homo sapiens se sont, eux, abondamment mélangés. Pour les auteurs, l’Altaï-Saïan apparaît comme un foyer de diversité au Pléistocène.

Une espèce, vraiment ?

Aucun des fragments étudiés ne livre assez d’anatomie pour dire à quoi ressemblait l’animal, ni s’il différait des grands yaks sibériens décrits jadis par les paléontologues russes. Le statut d’espèce repose donc sur la génétique seule. Le paléoanthropologue John Hawks, qui salue le travail, juge pour sa part qu’une lignée séparée sans mélange ne suffit pas, à elle seule, à faire une espèce. Le débat ne fait que commencer.