
Portrait
On l’appelle « élan irlandais », et les deux mots sont faux : ce n’était pas un élan, et il vivait de l’Irlande à la Sibérie. C’était un cerf, le plus grand qui ait jamais existé, haut de deux mètres au garrot pour sept cents kilos.
Sa signature, ce sont ses bois : jusqu’à 3,60 mètres d’envergure et 40 kilos, la plus vaste ramure connue chez un mammifère. Palmés, largement ouverts, ils étaient portés à l’horizontale plutôt que dressés.
Le problème des bois
Ces bois ont nourri une légende tenace : l’animal aurait été condamné par son propre ornement, devenu trop lourd; une « orthogenèse » qui aurait conduit l’espèce à l’absurde. L’idée est séduisante et fausse.
Les bois de cerf suivent une règle d’allométrie : plus l’animal est grand, plus ses bois sont disproportionnés. Ceux du mégacéros sont exactement de la taille attendue pour un cervidé de cette masse. Ils étaient renouvelés chaque année : un investissement énorme en calcium et en phosphore, ponctionné sur le squelette lui-même au printemps, ce qui suppose des pâtures riches.
Leur fonction était d’abord visuelle : de face, la palmure formait un écran impressionnant. Les combats réels devaient être rares, l’intimidation faisant l’essentiel du travail.
Mode de vie
Il fréquentait les plaines ouvertes et les prairies boisées, où sa ramure ne le gênait pas, un tel appareil est impraticable en forêt dense. Il broutait herbes et feuillages, et devait, comme les grands cerfs actuels, vivre en hardes séparées selon le sexe hors de la période du rut.

Ce que les fossiles ont livré
Les tourbières irlandaises en ont livré des centaines de squelettes complets, si nombreux que les musées d’Europe s’en sont partagé les crânes au XIXe siècle. C’est de là que vient son surnom trompeur.
Ces restes sont d’une richesse rare : la tourbe conserve l’os intact, avec sa matière organique, ce qui a permis d’extraire de l’ADN et de dater précisément les derniers individus.
Dans le monde des premiers humains
On le retrouve dans l’art pariétal, notamment à Lascaux, où le grand mégacéros de la Nef est peint avec sa ramure vue de face, et à Cougnac. Les artistes ont saisi ce qui frappe : la palmure, la robe bicolore, la bosse du garrot que suggèrent certaines figures.
Disparition
Il disparaît d’Irlande vers 10 700 ans, à la faveur d’un coup de froid brutal, le Dryas récent, qui appauvrit brutalement la végétation dont dépendaient ses bois gourmands en minéraux.
Mais l’espèce ne s’éteint pas là : des restes de l’Oural occidental ont été datés de 7 700 ans, en pleine période chaude. Elle a donc survécu près de trois mille ans de plus qu’on ne le croyait, dans des refuges continentaux, avant de céder; probablement sous l’effet conjugué de la fermeture des paysages et de la chasse néolithique.






