Chasser, c’est bien plus que manger
Sur un grand herbivore abattu, presque rien ne se perdait. La viande et la graisse nourrissaient le groupe ; la peau devenait vêtement, couverture ou tente ; les tendons servaient à coudre ; les os et le bois de cervidé fournissaient sagaies, aiguilles, harpons et propulseurs. La chasse était le cœur battant de l’économie des chasseurs-cueilleurs : de sa réussite dépendait toute la vie quotidienne.
Des armes qui traversent les millénaires
Les plus anciennes armes de chasse connues sont des épieux de bois vieux de plus de 300 000 ans, retrouvés à Schöningen, en Allemagne, et remarquablement conservés. Longtemps, on a chassé à l’épieu, de près, en s’approchant du gibier : une preuve saisissante en est un épieu retrouvé planté entre les côtes d’un éléphant. Vinrent ensuite les pointes de pierre emmanchées, les sagaies en bois de renne, puis, au Paléolithique supérieur, le propulseur, un bras de levier qui décuple la portée du jet. L’arc et les flèches, eux, ne se généralisent que plus tard, vers la fin des temps glaciaires.
Ruses, pièges et travail d’équipe
La force brute ne suffisait pas : il fallait de la ruse. Les chasseurs connaissaient les habitudes du gibier, ses pistes, ses points d’eau, ses passages obligés. Ils pratiquaient l’affût, le rabattage collectif vers un défilé ou une rivière, et tendaient des pièges. Au pied de la roche de Solutré, en Bourgogne, d’énormes accumulations d’ossements de chevaux témoignent de chasses répétées au même endroit, saison après saison. Chasser était souvent une affaire collective, minutieusement préparée.
Le renne, le cheval, le bison : le grand gibier
Selon les régions et les époques, les chasseurs se sont spécialisés. Au Paléolithique supérieur, le renne devint si central qu’on a parlé de « civilisation du renne » : ses migrations réglaient le calendrier des groupes. Ailleurs, le cheval, le bison, l’aurochs ou le bouquetin étaient privilégiés. Anticiper le passage des troupeaux, se poster au bon endroit au bon moment : la survie tenait à cette connaissance intime du monde animal.
La chasse, entre nécessité et symbole
Le gibier est partout dans l’art des cavernes : bisons, chevaux, mammouths et cerfs couvrent les parois. Étrangement, les scènes de chasse explicites y sont rares, comme si l’on avait surtout voulu représenter l’animal lui-même. La célèbre « scène du puits » de Lascaux, avec son bison blessé et son homme renversé, demeure l’une des images les plus énigmatiques de la préhistoire. Entre besoin vital et rapport symbolique à la proie, la chasse touchait sans doute au plus profond de l’esprit humain.
Qui chassait ?
On a longtemps imaginé le chasseur comme un homme seul face à la bête. La réalité était plus nuancée : la chasse mobilisait tout le groupe, et des découvertes récentes suggèrent que des femmes y prenaient part. La traque au gros gibier n’était sans doute pas réservée à un sexe, mais partagée selon les circonstances et les besoins.